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HISTOIRE ET COSTUMES
et Colombini n’est plus le même. Il devient aussi charitable qu’il a étéavare et égoïste.
Se mettant au-dessus du qu’en dira-t-on, il se montre en publie sousl’extérieur le plus négligé,, va chercher les pauvres, les malades, et lesreçoit chez lui pour exercer sur eux la charité la plus expansive. Deplus, il propose à sa femme de ne plus vivre avec elle que comme frère etsœur.
Il s’associe dans ses bonnes œuvres un gentilhomme de ses amis, etces deux héros de la charité chrétienne montrent le zèle le plus ardentpour le soulagement des malheureux. Colombini lui-même, étant tombémalade, ne veut pas être traité chez lui, par sa femme et son ami, autre-ment que le dernier des pauvres l’était dans les plus mauvais hôpitaux dela ville.
Nos deux Siennois avaient chacun une fille; mais, décidés à ne plus rienlaisser au monde de ce qui leur appartenait, ils les placèrent dans unmonastère de l’ordre de saint Benoît, et donnèrent tous leurs biens auxpauvres et à ce monastère, à condition que l’abbesse de cette maisonpayerait une pension viagère à la femme de Colombini, et donnerait à sonami le morceau de pain quelle distribuait tous les jours aux indigents.
Ainsi, n’ayant plus rien qui les attachât à la terre, Colombini et sonami se revêtirent d’un habit pauvre, marchèrent nu-pieds, et demandèrentl’aumône par la ville.
Ces deux hommes, qui avaient rempli les premières magistratures dansleur cité, voulurent y exercer les emplois les plus bas dans le lieu mêmequi avait été témoin de leur puissance. Ne voulant plus y être regardésque comme des hommes de peine, ils allaient chercher de l’eau à la fon-taine, la rapportaient sur leurs épaules, balayaient les corridors de l’hôtelde ville, lavaient la vaisselle à la cuisine, et apportaient le bois nécessaireau service, sans même vouloir accepter la nourriture qu’on donnait audernier des valets. Leur besogne remplie, ils allaient demander l’aumônepour vivre.
Un genre de vie si extraordinaire ne manqua pas d’être traité de foliepar les uns, tandis que d’autres en étaient édifiés. Parmi ces derniers,quelques-uns se sentirent tentés de les imiter, se firent religieux, oumenèrent dans l’intérieur de leurs maisons une vie plus chrétiennequ’auparavant.