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1 (1845)
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HISTOIRE ET COSTUMES

et Colombini nest plus le même. Il devient aussi charitable quil a étéavare et égoïste.

Se mettant au-dessus du quen dira-t-on, il se montre en publie souslextérieur le plus négligé,, va chercher les pauvres, les malades, et lesreçoit chez lui pour exercer sur eux la charité la plus expansive. Deplus, il propose à sa femme de ne plus vivre avec elle que comme frère etsœur.

Il sassocie dans ses bonnes œuvres un gentilhomme de ses amis, etces deux héros de la charité chrétienne montrent le zèle le plus ardentpour le soulagement des malheureux. Colombini lui-même, étant tombémalade, ne veut pas être traité chez lui, par sa femme et son ami, autre-ment que le dernier des pauvres létait dans les plus mauvais hôpitaux dela ville.

Nos deux Siennois avaient chacun une fille; mais, décidés à ne plus rienlaisser au monde de ce qui leur appartenait, ils les placèrent dans unmonastère de lordre de saint Benoît, et donnèrent tous leurs biens auxpauvres et à ce monastère, à condition que labbesse de cette maisonpayerait une pension viagère à la femme de Colombini, et donnerait à sonami le morceau de pain quelle distribuait tous les jours aux indigents.

Ainsi, nayant plus rien qui les attachât à la terre, Colombini et sonami se revêtirent dun habit pauvre, marchèrent nu-pieds, et demandèrentlaumône par la ville.

Ces deux hommes, qui avaient rempli les premières magistratures dansleur cité, voulurent y exercer les emplois les plus bas dans le lieu mêmequi avait été témoin de leur puissance. Ne voulant plus y être regardésque comme des hommes de peine, ils allaient chercher de leau à la fon-taine, la rapportaient sur leurs épaules, balayaient les corridors de lhôtelde ville, lavaient la vaisselle à la cuisine, et apportaient le bois nécessaireau service, sans même vouloir accepter la nourriture quon donnait audernier des valets. Leur besogne remplie, ils allaient demander laumônepour vivre.

Un genre de vie si extraordinaire ne manqua pas dêtre traité de foliepar les uns, tandis que dautres en étaient édifiés. Parmi ces derniers,quelques-uns se sentirent tentés de les imiter, se firent religieux, oumenèrent dans lintérieur de leurs maisons une vie plus chrétiennequauparavant.