JÉSUATES DE SAINT JÉROME.
Le hasard ! mot commode, nom banal que nous donnons à tout effetdont la cause nous est inconnue. Mais ce que l’homme du monde appellehasard, l’homme chrétien et religieux lui donne un nom plus relevé. C’est,dans son opinion, l’attrait de la grâce, l’action de la Providence. C’est cehasard qui a converti saint Paul, saint Jean Gualbert et tant d’autresqui, dans un moment, ont éprouvé un revirement subit dans leurs idéeset leurs affections. En y songeant, nous-mêmes nous sommes obligés dedire: A Domino factum est islud, et est mirabile in oculis nostris-(Ps. 117.)
Donnons-en un nouvel exemple.
Jean Colombini était un des principaux citoyens de Sienne, alors répu-blique, comme l’étaient, au moyen âge, presque toutes les villes d’Italie.C’était nn homme riche, mais peu délicat dans le choix des moyensd’augmenter sa fortune: dur, impitoyable, spéculant sur la misère publiquepour en profiter, comme ces égoïstes qui comptent pour rien les angoissesdes pauvres, quand elles peuvent servir à les enrichir. D’une humeurdifficile, il était la terreur de ceux qui le servaient.
Un jour il rentre à l’heure du dîner, et se sentant un appétit plus fortqu’à l’ordinaire. Malheureusement son cuisinier n’était pas encore prêt.Colombini s’emporte contre lui et le menace de le chasser. Sa femme faitce qu’elle peut pour l’adoucir. Elle l’engage à prendre patience, lui metun livre en main pour le distraire, et sort pour ne pas essuyer plus long-temps les effets de sa colère.
Furieux, il jette le livre à terre et continue ses imprécations. A la fincependant il ramasse le livre; c’était une Vie des Saints. Il l’ouvre, ettombe sur l’histoire de sainte Marie Egyptienne. Cette vie l’intéresse, ilpoursuit sa lecture et oublie sa faim. La grâce triomphe de son humeur,