HISTOIRE ET COSTUMES
224
facilement, quand on se reporte aux époques qui l’ont fait naître.
Quoi de plus douloureux que le spectacle que présentait la sociétéhumaine au temps des persécutions? La terreur régnait partout. Le sangdes chrétiens coulait sur tous les échafauds. Le fer, le feu, les hèlesféroces, tout était employé pour détruire la foi nouvelle. La jeune vierge,des enfants même à l’aurore de la vie, étaient immolés par la main desbourreaux, aussi bien que l’âge mûr et la veillesse. Au milieu de ces scènesd’horreur, de temps en temps quelques exemples de lâcheté, d’apostasie,venaient attrister l’oeil du spectateur fidèle. Que de motifs, pour le chrétienqui craignait sa faiblesse, de s’enfuir dans les déserts !
lin siècle ne s’est pas encore écoulé depuis que Constantin a rendu lapaix à l’Église, que la société, qui commençait à se rasseoir, est de nouveaurenversée jusqu’en ses fondements par les barbares, aussi ennemis duchristianisme que de la civilisation. Au massacre des hommes, ceux-ciajoutent le pillage, la destruction des propriétés, enfin de tout ce quiattache l’homme à la vie. C’est alors que de nouveaux solitaires vont secacher dans le creux des rochers, dans l’épaisseur des bois, pour échapperà la mort et pleurer à leur aise sur le naufrage de leur patrie. C’est dans]cs calamités publiques que les hommes reviennent sur eux-mêmes, etque, dégoûtés du monde, ils cherchent un asile dans le sein de la Divinité.Le sentiment religieux se renforce du déchirement de toutes les attachesqui retenaient l’homme enchaîné aux biens temporels. Quand saint Benoîtvint se réfugier dans les montagnes de Subiaco, il y trouva des ermites,qui s’y étaient exilés de la société, en proie aux barbares, et cherchaientdans la solitude, à sauver leur foi exposée de nouveau à la persécution.
Le chrétien témoin des malheurs de sa patrie, n’a plus de consolationsà trouver que dans son Dieu, et, en fuyant un théâtre de douleurs, il vase plonger dans les déserts, pour s’y réfugier dans les bras de la religion.Que de fois n’avons-nous pas nous-même entendu dire depuis cinquanteans, à la vue des bouleversements dont le spectacle attristait nos yeux :« Ilélas! si je pouvais trouver quelque coin dans l’univers, pour aller» m’y cacher, avec quel plaisir je fuirais les scènes de désolation dont je» suis témoin! »
Avant saint Antoine, les déserts étaient déjà peuplés de pieux person-nages, puisque lui-même y trouva un vieillard, nommé Palémon, qui yvivait depuis longtemps.