DES ORDRES RELIGIEUX.
181
Enfin la mère même de Claire se vit entraînée aussi parla grâce, ainsique plusieurs autres personnes de sa famille, qui vinrent s’offrir pourpartager la pénitence dont leur jeune parente venait d’ouvrir la carrière.
François, ravi de trouver tant de courage dans une jeune personne dedix-neuf ans, seconda de tout son pouvoir l’établissement qu’elle voulaitfaire, et, en peu de temps, on vit une nouvelle communauté de seizepersonnes, parmi lesquelles s’en trouvaient trois d’une des plus illus-tres maisons de Florence, dirigée par une jeune fille qui avait à peinevingt ans.
Claire s’arrachant à sa famille désolée pour s’ensevelir dans la retraite,est le type de sainte Chantal marchant 'sur le corps de son fds, couchésur le seuil de sa porte, pour empêcher sa mère d’entrer en religion.
De même Claire engageant, par son exemple, sa sœur et sa mère àquitter le monde, a servi de modèle à saint Bernard, entraînant aussi,à vingt-deux ans, six de ses frères et un de ses oncles, à le suivre dansle cloître. C’est ce que le monde appelle du fanatisme, et le chrétienl’effet de la grâce.
En peu d’années, le nouvel ordre prit des accroissements considéra-bles. Il eut des monastères dans les principales villes de l’Italie et del’Allemagne. Une fdle d’un roi de Bohême, Agnès, dont nous avonsparlé à propos des croisiers, s’y fit elle-même religieuse.
Sainte Claire et ses compagnes pratiquèrent de grandes austérités,qui ne pouvaient manquer d’affaiblir leur santé. Saint François et l’évê-que d’Assise se virent obligés d’y mettre des bornes, et de leur pres-crire un régime moins sévère. La vertu dont Claire faisait le plus de casétait la pauvreté. Elle ne voulait rien avoir, et, à la mort de son père,se trouvant héritière d’une grande fortune, elle fit tout distribuer auxpauvres, sans retenir rien pour elle, ni pour ses religieuses.
Quoique supérieure, elle servait les autres à table, lavait les piedsdes sœurs converses, quand elles revenaient de la quête, et se chargeaitdu soin des maladies les plus dégoûtantes. Au reste, elle ne faisait rienque d’après l’avis de saint François, dont les conseils la dirigeaient entoutes choses.
Cette femme qui avait montré une telle force de caractère, quand onavait voulu la détourner de sa vocation, en donna une nouvelle preuvedans une autre circonstance.