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IIISTOIIUÏ ET COSTUMES
tacles qu’elle pourrait rencontrer; en la quittant, il l’engagea à faireses réflexions, et à revenir le voir.
Dans l’intervalle, Claire fit part de ses projets à quelques compagnes,à qui elle proposa de se joindre à elle, et, le 18 mars 1212, à l’âge dedix-neuf ans, elle quitte furtivement ses parents, et va trouver saintFrançois dans son couvent. Il faut croire qu’il était prévenu de son ar-rivée, car il vint la recevoir à la porte de son église, à la tête de tousses religieux, qui chantaient le Veni creator. Il l’introduit dans l’église,lui ôte les riches habits dont elle s’était couverte pour la dernière fois,la revêt d’un sac, qu’il attache autour de son corps avec une corde, etil lui coupe les cheveux : après quoi il la place dans un monastère debénédictines qui était dans le voisinage.
Une telle conduite paraîtrait bien singulière de nos jours. « Comment,» dirait-on, excuser un moine qui, abusant de l’enthousiasme et de la» simplicité d’une jeune fille, l’arrache à sa famille, sans se mettre en» peine desavoir si ses parents s’accommoderont d’un pareil esclandre et» s’il est permis de pousser à une démarche aussi éclatante unefilleencore» mineure? » Quel beau texte de déclamations, dont s’empareraient lesjournaux pour crier au fanatisme! Y aurait-il des épithètes assez odieu-ses pour qualifier l’action d’un dévot turbulent qui vient troubler lapaix d’une famille, et apprend aux enfants à secouer le joug salutairede l’autorité paternelle.
Il est bien vrai que la fuite de Claire de chez ses parents souleva deviolentes clameurs contre elle ; mais rien n’indique que le blâme en aitrejailli sur saint François.
11 était placé trop haut dans la vénération publique, pour qu’on osâtle condamner. C’est sur Claire seule que l’orage tomba. Tous ceux quis’intéressaient à elle vinrent la réclamer dans la maison où elle s’étaitretirée. Sur son refus de les suivre, ils voulurent lui faire violence, jus-qu’à l’entraîner de force, et l’arracher de l’autel auprès duquel elle s’é-tait réfugiée. Rien ne put ébranler sa résolution, et elle résista à tousles efforts que l’on fit pour la tirer de l’église. Au contraire, l’exemplequ’elle donnait inspira à sa sœur puînée le désir de la suivre, et Agnèsalla se joindre à sa sœur aînée.
Ce fut le signal d’une nouvelle tempête qui s’éleva de la part de sa fa-mille. Douze hommes allèrent pour arracher, à son tour, Agnès de saretraite, et ils virent de nouveau leurs efforts inutiles.