DES ORDRES RELIGIEUX.
■J 15
peuples, sans se donner un prophète pour fondateur? 11 n’en est pasde la noblesse d’une ordre religieux, comme de celle d’une famille, quis’estime en raison de l’ancienneté; et l’idée d’affubler Élie en carme, ouAbraham en Frère de la Charité, ne saurait jamais échapper au ridicule.
Les carmes avaient à Paris deux couvents, un à la place Maubert,l’autre rue de Vaugirard. C’est dans l’église de ce dernier que, le 2 sep-tembre 1792, ont été égorgés, en plein jour, aux yeux de tout Paris,deux cents prêtres et trois prélats, l’archevêque d’Arles et les deuxévêques de Beauvais et de Saintes.
Il faut dire, à la honte de tous ceux qui, de nos jours, admirent larévolution française comme le chef-d’œuvre de la raison humaine, qu’unerévolution stygmatisée par des forfaits aussi horribles que ceux despremiers jours de septembre 1792, ne peut être qu’un objet d’exécrationpour les siècles à venir, et qu’on ne comprendra jamais comment, dansla capitale d’une nation civilisée, des massacres aussi effroyables ont puêtre exécutés par une poignée de brigands, « soudoyés par deux millejacobins et protégés par la lâcheté de six cent mille hommes (1). »
Mais il faut savoir qu’à cette époque, d’horrible mémoire, le mot d’ordreétait : « Osez tout contre le clergé, vous serez soutenus. »
Je l’ai lu et ne l’oublierai jamais.
(I) Lacrulelle, Histoire de France, t. IX, p. 314.