HISTOIRE ET COSTUMES
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Gueklre, fortifia scs nouvelles dispositions, et de plus, voulant s’instruireà fond des pratiques de la vie religieuse, Gérard vint trouver, près deBruxelles, un personnage qui venait de fonder un monastère de chanoinesréguliers, dans la forêt de Soignes, au lieu appelé Groenendael, en fran-çais Val-vert. C’était Jean Ruysbroeck (1) ainsi nommé du village où ilétait né, et qui avait été chapelain ou vicaire de l’église de Sainte-Gudule,à Bruxelles. Il conseilla à Gérard d’entrer dans les ordres sacrés : maiscelui-ci, par humilité, ne voulut pas recevoir la prêtrise, et se contenta dudiaconat.
11 commença par réunir dans sa maison, à Deventer, plusieurs clercs,à qui il fournissait de quoi vivre. Il leur prescrivit une règle. Entre autreschoses, ils s’occupaient à transcrire les livres des saints Pères. Il lui vintplusieurs personnages savants qui demandèrent à être reçus dans sa com-munauté. Mais étant mort à quarante quatre ans, il ne put qu’ébaucherl’œuvre de la fondation des clercs de la vie commune , à laquelle son suc-cesseur, Florent Radivivius, de Leyde, chanoine d’Utrecht, et ancien pro-fesseur en l’université de Prague, mit la dernière main.
Ces clercs vivaient ensemble, mais sans faire de vœux. Ils subsistaient,de leur travail, et n’avaient qu’une bourse commune, où était versé leproduit du travail de chacun. Ils ne briguaient aucune place, ne faisaientaucune quête et ne voulaient dépendre que d’eux-mêmes. Ceux qui mon-
(I) Jean Uüvsbrocck, avant de quitter le monde, avait signalé son zèle pour la vraie loien s’opposant dux séductions d’une femme de Bruxelles, nommée Biommardine, qui en impo-sait aux gens simples par son hypocrisie. Elle se mêlait d’écrire, et avait composé un traitésur V Esprit de Liberté, sur VAmour, qu’elle appelait séraphique. Cette visionnaire avaittellement fasciné les yeux des gens du peuple, par un grand extérieur de vertu, qu’on disaitque toutes les fois qu’elle allait à la sainte table, on voyait deux séraphins marcher à ses côtés.Jean Ruysbroeck démasqua celle hypocrisie et fit sentir aux fidèles le ridicule des écrits qu’ellerépandait dans le public.
Jean Ruysbroek se relira, avec deux chanoines de Sainte-Gudule, dans un ermitage, qu’onappelait Groenendael, où il bâtit une chapelle. Il y mena la vie des chanoines réguliers avecses deux compagnons, et telle est l’origine du prieuré de Groenendael, qui a subsisté jusqu’àl’épuquë de l’extinction des ordres religieux dans la Belgique. Cette maison était très belle.On y montrait une aile de bâtiment, où Charles-Quinl avait logé avec toute sa cour, ainsi qu’unvieux chêne, sous lequel on avait vu à la fois sept têtes couronnées.
Ruysbroeck a laissé quelques ouvrages mystiques en flamand, et qui, après lui, ont ététraduits en latin et en français. Il fut visité, dans sa retraite h Groenendael, par plusieurssavants, venus de Strasbourg, de Bâle, etc., et qu’il édifia par ses discours. 11 mourut en 1581,à l’âge de quatre-vingt-sept ans.