DES ORDRES RELIGIEUX. 77
hommes. Les (rois premiers furent dédiés à la sainte Vierge, et le qua-trième à saint Jean l’Ev'angéliste. Pour lors, se rappelant que Jésus-Christmourant avait dit à sa mère : « Femme, voilà votre fils! » et à saint Jean :« Mon fils, voilà votre mère! » la pensée lui vint que la sainte Viergeétant supérieure à saint Jean, il convenait que, dans son ordre, les femmesfussent vis-à-vis des hommes ce que la sainte Vierge était à l’égard desaint Jean : qu’ainsi les hommes seraient soumis aux femmes, commesaint Jean l’avait été à la sainte Vierge. Voilà la manière la plus naturelled’expliquer la singularité qu’offre la constitution de l’ordre de Font-Evrauld.
La première supérieure, qu’établit Robert, fut Herlande de Champagne,veuve du sire de Monsoreau, à laquelle il donna pour assistante Pétronillede Craon, veuve du baron de Chemillé.
On conçoit facilement que les hommes qui composaient ce nouvel ordre,n’étant pas d’une naissance aussi distinguée que les deux supérieures qu’onleur donnait, n’eurent pas de peine à se soumettre à elles, tant était grandà cette époque le prestige qui relevait la noblesse aux yeux des vilains.
Ce premier établissement formé, Robert reprit ses courses apostoliquesavec ses anciens disciples, et ramena avec lui une nouvelle recrue deprosélytes pour lesquels il bâtit de nouveaux monastères. Les évêques deleur côté l’appelaient chacun dans son diocèse, en lui offrant des maisons,tels que les évêques de Poitiers, d’Angers, d’Orléans et deRourges.
C’est alors qu’il demanda au pape la confirmation de son ordre, ce qu’ilobtint en 1115. Mais auparavant il eut quelques mortifications à essuyer.
La nouveauté de cet institut, qui n’avait jamais eu son pareil, ne pou-vait manquer de trouver des contradicteurs. Il s’en rencontra deux dansl’évêque de Rennes et l’abbé de Vendôme, qui reprochèrent à Robert l’in-décence qu’ils trouvaient à voir vivre ensemble des hommes et des femmes,et le blâmèrent lui-même sur les rapports qu’il avait avec des personnesd’un sexe différent du sien.
Mais l’abbé de Vendôme reconnut plus tard qu’il avait été mal informésur son compte, et qu’il avait cru trop légèrement aux calomnies quicouraient sur lui. Il vint lui-même lui en demander pardon, lui fit degrandes largesses, et fit construire pour lui-même une maison à Font-Evrauld.
Cette affaire terminée, Robert fit encore quelques nouveaux établisse-