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HISTOIRE ET COSTUMES
Mais un mouvement nouveau agitait toute la France. Le concile deClermont avait ordonné une croisade, et notre saint fut obligé par le papeUrbain II de la prêcher. Il s’associa quelques compagnons et alla de villeen ville exciter les chrétiens à se porter en Asie pour délivrer les saintslieux de la présence des infidèles, ou au moins à faire pénitence de leurspéchés, pour attirer la miséricorde de Dieu et bénir les armes de ceux quiallaient partir pour avoir part à une si noble entreprise.
L’enthousiasme était universel. Ceux qui restaient en France, promet-taient à ceux qui partaient le secours de leurs prières, et le nombre deceux qui vinrent trouver Robert fut si grand, qu’il ne savait où les loger.Tous les bois d’alentour en étaient remplis.
C’est alors que s’offrit à ses yeux un vallon, dans lequel coulait un ruis-seau, au milieu d’une plaine inculte, couverte de ronces et de buissons.Il trouva que ce lieu conviendrait pour un monastère où il pourrait logercette foule qui le suivait. Cet endroit s’appelait Font-Evt'ciuld. Il étaitvoisin de la petite ville de Candes, célèbre par la mort du grand saintMartin.
C’est donc dans ce désert, aujourd’hui une petite ville, que Robertconstruisit des cellules, d’un côté pour les hommes, de l’autre pour lesfemmes, et deux oratoires, un pour chaque sexe. Les femmes y chantaientles louanges de Dieu, tandis que les hommes travaillaient, défrichant laterre, ou exerçaient chacun le métier qu’il connaissait, pour vivre. L’ordrequi régnait dans cette multitude était admirable, et l’état misérable où ilsse trouvaient par leur pauvreté leur fit donner, par le saint fondateur, lenom de pauvres de Jésus-Clirist.
Chaque jour lui amenait de nouveaux disciples. On voyait des famillesentières lui demander à être admises sous sa discipline. Il ne refusait per-sonne et il éleva plusieurs monastères dans la même localité. Un était pourles vierges et les veuves, au nombre de trois cents religieuses; un autre,pour cent vingt malades; et un troisième, pour les pécheresses qui fai-saient pénitence.
Les hommes eurent aussi une habitation séparée, et enfin une grandeéglise fut construite pour tous les monastères. Le tout fut achevé en 1119,et voilà l’origine de la célèbre abbaye de Font-Evrauld, une des plusremarquables de la France par la qualité des personnes qui l’habitèrent.
Il y avait donc trois monastères pour les femmes et un seul pour les