HISTOIRE ET COSTUMES UES ORDRES RELIGIEUX.
75
même en. Angleterre; et c’était là surtout qu’il devait être moins bienaccueilli, vu son esprit et son origine française.
Enfin, comment les Français, qui ne permettent pas qu’une femme chezeux porte la couronne, pouvaient-ils fléchir devant la crosse d’une abbesse?Ce n’est pas que je blâme l’institution de Font-Evrauld; signaler la singu-larité d’un fait n’est pas en prononcer la condamnation.
Robert d’Arbrissel, comme Robert de Sorbonne, porte le nom du villagequi l’a vu naître. A cette époque il n’y avait pas encore de noms de famille,et chacun ajoutait à son nom de baptême celui du lieu de sa naissance.
Arbrissel est un village du diocèse de Rennes, et on croit que Robert yest né vers l’an 1045 ou 1047. Ainsi il n’était pas Français, mais Breton,et son souverain était alors Conon II, duc de Rretagne.
Ses parents, qui n’étaient pas riches, firent peu pour son éducation;mais il y pourvut lui-même, et trouva, par sa bonne conduite, les moyensde s’instruire et d’aller à Paris, où était alors la seule université connueen Europe, faire ses hautes études. Il y fit de grands progrès et reçutmême le bonnet de docteur.
De tous temps, les sujets distingués, qui sortaient de cette école, étaientrecherchés par les évêques, qui en faisaient leurs vicaires généraux.L’évêque de Rennes l’appela donc auprès de lui pour l’aider dans le gou-vernement de son diocèse. Mais après la mort de ce prélat, Robert allaenseigner la théologie à Angers.
Peu de temps après, voulant mener une vie plus parfaite, il engagea unde ses amis à le suivre dans le bois de Craon, où ils se cachèrent et vé-curent en ermites en se livrant à de grandes austérités.
Nouveau Jean-Baptiste dans son désert, sa réputation s’étendit au loin,et on accourut de tous côtés pour entendre ses instructions, lui demanderdes conseils et se mettre sous sa conduite. Hommes et femmes, personnene voulait plus le quitter, et il fut obligé de loger toute cette multitudedans les hois voisins de celui où il s’était établi.
Il fit trois divisions de tous ceux qui s’étaient attachés à lui, et il leurdonna pour chefs des hommes qui, plus tard, fondèrent eux-mêmes denouvelles congrégations religieuses.
Pour loger toute cette foule qui s’attachait à lui, Robert construisit,en 1094, dans la forêt de Craon, un monastère qu’on appela La Hoë. Onn’y vivait que d’amnônes et de racines.