50
HISTOIRE ET COSTUMES
lion. Ce ne fut pas sans de grands efforts que nos deux abbés parvinrent àfaire admettre cette paix dans toute la France.
Il arriva, du temps de l’abbé Odilon, une circonstance, qui ne s’étaitpas encore présentée.
Depuis l’an 1054, l’anarchie régnait en Pologne, fléau qui devait à lafin amener la ruine de cette malheureuse contrée. Casimir, fils du dernierroi, Micislas II, s’était réfugié en France pendant les troubles qui avaientsuivi la mort de son père, avait pris, à Cluni, l’habit religieux, et avait deplus été ordonné diacre. Les Polonais, fatigués des désordres qui affli-geaient leur pays depuis sept ans, vinrent supplier l’héritier légitime deleurs anciens rois de revenir dans leur patrie, pour lui rendre le calme,dont elle avait besoin. Il fallait pour cela que Casimir obtînt dispense desvœux solennels qu’il avait faits. Odilon renvoya l’affaire au pape Benoît IX,qui accorda la dispense. Casimir partit avec les députés polonais, semaria, eut plusieurs enfants, et mourut en 1058, après dix-sept ans derègne.
On avait déjà vu plusieurs rois descendre du trône, de gré ou de force,pour entrer dans le cloître; mais c’était la première fois que l’on voyaitun moine déposer le froc pour ceindre le diadème.
C’est l’abbé Odilon qui institua le premier l’office pour tous les mortsle lendemain de la Toussaint. Voici comme Fleuri rapporte cette institu-tion.
a Un pieux chevalier revenait du pèlerinage de Jérusalem. S’étant égaré» de son chemin, il rencontra un ermite qui, apprenant qu’il était de Gaule,# lui demanda s’il connaissait le monastère de Cluni et l’abbé Odilon. Le» pèlerin ayant dit qu’il le connaissait, l’ermite lui dit : Dieu m’a fait con-» naître qu’il a crédit de délivrer les âmes qui souffrent dans l’autre vie.» Quand donc vous serez de retour, exhortez-le et ceux de sa communauté» à continuer leurs prières et leurs aumônes pour les morts. »
On ne sait pas si le pèlerin s’acquitta de son message; mais on saitqu’Odilon institua, dans son abbaye, l’usage, que l’Église universelleadopta, peu de temps après, de faire un office solennel pour les morts,le 2 novembre, au son de toutes les cloches ; que ce jour on distribuait, àCluni, du pain et du vin à tous ceux qui se présentaient à la porte dumonastère, et que douze pauvres étaient, ce même jour, nourris dans lamaison. Ainsi c’est un pieux abbé de Cluni qui a eu la première idée de la