INSTITUTEURS
DE LA VIE RELIGIEUSE.
Les hommes dont nous allons retracer les actions ont vécu il y a quinzesiècles. Depuis ce temps, que d’opinions diverses ont agité et poussé entous sens la raison humaine! Quelle différence de nos idées et de nosmœurs aux idées et aux mœurs d’hommes placés, dans le temps, à unesi grande distance de nous!
Sous l’empire de nos nouvelles idées, nous entendons dire tous lesjours en parlant d’eux : « Pourquoi tant de macérations? Faut-il être son» propre bourreau dans ce monde pour plaire à la Divinité? Dieu est-il un» père cruel qui se plaise à voir souffrir ses enfants? Peut-on s’empêcher» de reconnaître du fanatisme, ou au moins de l’exaltation, dans un genre» de vie aussi extraordinaire ? »
Nous sommes chrétiens. Ce n’est pas à nous à répondre à ces questions.L’Eglise rend un culte public aux saints personnages dont nous allonsécrire l’histoire; donc elle ne jette aucun blâme sur leurs austérités, et ceserait, de notre part, une grande témérité, de nous montrer plus sévèresqu’elle envers eux.
D’ailleurs le renoncement à soi-même, le mépris des richesses et de ladouleur, n’étaient pas, à cette époque, des choses aussi étranges qu’elles leparaissent à nous-mêmes. Sans parler des martyrs qui, depuis plus dedeux siècles de persécutions, en donnaient l’exemple, les stoïciens nefaisaient-ils pas profession d’être insensibles à la douleur physique, de nefaire aucun cas des honneurs et des autres avantages de la vie? Celui quiavait dit: Omnici mecum porto; celui qui avait jeté ses trésors à la mer,en disant : Me voilà enfin libi'e, n’avaient-ils pas excité l’admiration deshommes de leur temps?
La licence des mœurs, la cupidité et l’ambition, sont les trois fléaux lesplus nuisibles à la société. Faut-il être surpris qu’en haine de ces vices,
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