IV
PRÉFACE.
insaniam et jinem sine honore. Ecce quomodo eomputali sunt interfilios Dei. (Sap. V. 5-5.)
On voit encore les ruines de Thèbes; on vient de découvrircelles de Ninive; on connaît la place où étaient Tyr, Babyloneet Sparte : à la longue le temps a tout détruit. Mais lesruines des monastères d’Angleterre, qui sont encore sur placedepuis trois cents ans, celles des monastères de France etdes pays qu’a ravagés la révolution de 89, qui accusent-ellesde leur destruction? la haine du catholicisme. Quels sentimentspénibles produit la vue de ces belles et antiques abbayes de Cluni,de Cîteaux, de Corbie et de tant d’autres autour desquelless’étaient formées des villes dont les habitants vivaient à l’ombrede ces cloîtres qui répandaient l’aisance autour d’eux! Tous cesmonuments de la piété de nos pères sont aujourd’hui rasésou délabrés, ou sont convertis en prisons, en usines, enfabriques : au lieu des chants religieux d’autrefois, on n’en-tend plus aujourd’hui que le bruit des marteaux tombant sur lesenclumes , ou les jurements des ouvriers.
On raconte que le fameux Rollon, premier duc de Normandie,se promenant un jour, trouva sur son chemin un homme assissur une pierre. Il lui demanda ce qu’il faisait là. « Prince, lui ré-» pondit cet homme, je suis un des moines de l’abbaye dont» vous voyez ici les ruines, et c’est sur l’une d’elles que vous me» voyez assis. Tous mes confrères sont morts ou dispersés; mais» je ne saurais m’éloigner d’un lieu où étaient toutes mes affec-» lions, et que vos armées ont détruit. »
llollon, tout barbare qu’il était, fit rebâtir ce monastère. Lesdestructeurs de nos jours ne l’imiteront pas.