il PRÉFACE.
force de bras, à la sueur de leurs fronts, comme le font aujour-d’hui les trappistes, avaient changé des terres incultes, descloaques infects en forêts superbes, en plaines couvertes de richesmoissons. Était-il étonnant que de pieux personnages, à qui ilne fallait que quelques aunes de hure pour se vêtir, qui se con-tentaient d’aliments grossiers, et jeûnaient les trois quarts del’année, parvinssent en peu de temps à une certaine aisanceet ensuite à la richesse.
Et pour qui s’enrichissaient-ils? N’étaient-ce pas les pauvres quijouissaient de leur superflu, et allaient recevoir à la porte del’antique monastère leur nourriture quotidienne, dans un tempsoù l’industrie commerciale n’était pas là pour utiliser les brasdes classes pauvres, en leur procurant du travail?
La première cause du paupérisme qui dévore aujourd’huil’Angleterre, ne date-t-elle pas du règne de Henri VIII qui, endétruisant les riches monastères de son royaume, enleva auxindigents le pain qu’ils y trouvaient? Quel usage font de cesbiens ces grands seigneurs de l’aristocratie anglaise, qui en sontles héritiers? Les anciennes abbayes ont fait place à de superbeschâteaux, où l’on étale des collections très-riches d’objets anti-ques, de meubles précieux et recherchés, de tableaux de grandprix : magnificence qu’on vient admirer, mais dont le pauvre neretire rien.
Ces moines étaient inutiles, dit-on; mais n’était-ce pas à desbénédictins italiens que l’Angleterre devait d’être devenue chré-tienne? N’étaient-ce pas des bénédictins anglais (1) qui, à leur tour,étaient venus convertir les peuples encore idolâtres de la Bata-vie et de l’Allemagne? N’est-ce pas un bénédictin de Corbie,saint Anschaire, qui a porté la lumière de l’Évangile aux peuplesriverains de la mer Baltique?
( I) Saiiil Honil'ai'p, suint Willibi'ml, rtc