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Histoire des ordres de Chevalerie et des distinctions honoritiques en France
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HISTOIRE DES ORDRES DE CHEVALERIE.

œillets proteftants, mais on narrêta pas aussi facilement les sarcasmes &de prétendus bons mots. Ainsi, au printemps de i8o3, le général Moreaudonnait un dîner ; il fit venir son cuisinier & lui dit en présence de ses con-vives : « Michel, je suis content de ton dîner; tu tes vraiment diftingué : jeveux te donner une casserole dhonneur! » Madame de Staël népargnapas non plus les épigrammes : « Vous êtes des honorés, » disait-elle lelendemain dune grande promotion à un de ses amis qui y avait étécompris. La Fayette refusa la décoration en la qualifiant de ridicule (i).Ducis & Delille ne lacceptèrent pas (2).

La diftribution des Invalides navait été que pour les grands officiers; laplus grande & la plus solennelle diftribution eut lieu à Boulogne, le16 août. Lempereur était assis sur le trône que la tradition rapporte avoirappartenu à Dagobert, & qui eft aujourdhui au Musée des Souverains; onentendait difhnêfement le bruit dune assez vive canonnade engagée entreune partie de notre flotte & celle des Anglais. Mais le premier baptême desang & de gloire de la Légion dhonneur devait avoir lieu quelques moisplus tard à Aufterlitz (2 décembre 1804), comme Denain avait été celui delordre de Saint-Louis.

Un décret du 3o janvier i8o5 inllitua un cinquième degré dans lordre,supérieur à tous les autres, qui fut appelé la grande décoration ou le grandaigle. Le nombre des grands aigles fut limité à soixante. Enfin, la croixfut surmontée dune couronne impériale.

(1) Bonaparte ne leur pardonna jamais leurs railleries; il sen souvenait encore àSainte-Hélène, à propos de Moreau, & il refusa conftamment dadmettre le fils deLa Fayette, malgré des adions déclat, parmi les légionnaires. Alex. Mazas, La Légiond'honneur. Paris, 1854; in-8°.

(2) Népomucène Lemercier, de lAcadémie française, refusa la décoration, & voici lalettre quil écrivit au premier Consul : « Bonaparte, car le nom que vous vous êtesfait eft plus mémorable que les titres quon vous fait, vous mavez permis dapprocherassez près de votre personne pour quune sincère affedion pour vous se mêle souventà mon admiration pour vos qualités; je suis donc profondément affligé de ce quayantpu vous placer dans lhiftoire au rang des fondateurs, vous préférez être imitateur.Mes sentiments particuliers, plus que votre autorité, me font, à dater de ce jour, uneobligation de me taire; les vertus de la France parleront pour la liberté de siècle ensiècle. Je fais passer à M. Lacépède mon brevet de la Légion dhonneur, ne pouvantmengager par serment à rien de plus quà me soumettre aux lois, quelles quellessoient, adoptées par mon pays. Mon dévouement pour lui ne cessera quavec la vie. »Cette lettre mérite dêtre conservée à la poflérité.