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HISTOIRE DES ORDRES DE CHEVALERIE.
& décerné seulement à l’armée. « Je ne veux pas, disait-il, fonder ungouvernement de prétoriens; je ne veux pas récompenser uniquement lesmilitaires. J’entends que tous les mérites soient frères; que le courage duprésident de la Convention, résidant à la populace, soit rangé à côté ducourage de Kléber montant à l’assaut de Saint-Jean-d’Acre. On parle destermes de la Conftitution? Il ne faut pas se laisser ainsi enchaîner par lesmots. La Conftitution a voulu tout dire, & ne l’a pas toujours su : c’eft ànous d’y suppléer. Il faut que les vertus civiles aient leur part de récom-pense comme les vertus militaires. Ceux qui s’y opposent raisonnentcomme les barbares. C’eft le culte de la force brutale qu’ils nous con-seillent! Mais l’intelligence a ses droits avant ceux de la force; la forceelle-même n’eft rien sans l’intelligence. Dans les temps héroïques, legénéral, c’était l’homme le plus fort, le plus adroit de sa personne; dansles temps civilisés, le général, c’eft le plus intelligent des braves.
« Quand nous étions au Caire, les Égyptiens ne pouvaient pas com-prendre que Kléber, si imposant de sa personne, ne fût pas le général enchef. Lorsque Murad-Bey eut vu de près notre tadique, il comprit quec’était moi, & pas un autre, qui devais être le général d’une armée ainsiconduite. Vous raisonnez comme les Égyptiens, quand vous prétendezborner les récompenses à la valeur guerrière. Les soldats, ajoutait le pre-mier Consul, les soldats raisonnent mieux que vous. Allez dans leursbivouacs, écoutez-les. Croyez-vous que, parmi leurs officiers, ce soit leplus grand, le plus imposant par la ftature qui leur inspire le plus de con-sidération? Non, c’eft le plus brave. Croyez-vous même que le plus bravesoit précisément le premier dans leur esprit? Sans doute ils mépriseraientcelui dont ils suspecteraient le courage, mais ils mettent bien au-dessus dubrave celui qu’ils croient le plus intelligent. Moi-même, croyez-vous quece soit uniquement parce que je suis réputé grand général que je com-mande à la France? Non, c’eft parce qu’on m’attribue les qualités del’homme d’État & du magiftrat. La France ne tolérera jamais le gouver-nement du sabre; ceux qui le croient se trompent étrangement. Il faudraitcinquante ans d’abjeêtion pour qu’il en fût ainsi. La France eft un tropnoble pays, trop intelligent pour se soumettre à la puissance matérielle Npour inaugurer chez elle le culte de la force. Honorons l’intelligence, lavertu, les qualités civiles, en un mot, dans toutes les professions; récom-pensons-les d’un prix égal dans toutes. »
« Ces raisons données avec chaleur, avec verve, & sortant de la bouche