Druckschrift 
Histoire des ordres de Chevalerie et des distinctions honoritiques en France
Entstehung
Seite
291
Einzelbild herunterladen
 

LÉGION DHONNEUR.

29I

« que sera cette légion? sécriait le premier Consul en revenant à son idée« favorite, le voici : ceft un essai dorganisation pour les hommes, auteurs« ou partisans de la Révolution, qui ne sont ni émigrés, ni Vendéens, ni« prêtres. »

« Lancien régime, si battu par le bélier de la Révolution, eft plus entierquon ne le croit. Tous les émigrés se tiennent par la main; les Vendéenssont encore secrètement enrôlés; & avec les mots de roi légitime, de reli-gion, on peut en un inftant réunir des milliers de bras, qui se lèveraient,soyez-en sûrs, si leur fatigue & la force du gouvernement ne les retenaient.Les prêtres forment un corps au fond peu ami de nous tous. Il faut que,de leur côté, les hommes qui ont pris part à la Révolution sunissent, selient entre eux, forment ainsi un tout solide, & cessent de dépendre dupremier accident qui frapperait une seule tête. Il sen eft fallu de bien peuque vous ne fussiez rejetés dans le chaos par lexplosion du 3 nivôse, &livrés sans défense à nos ennemis.

« Depuis dix ans, nous navons fait que des ruines ; il faut fonder enfin-un édifice pour nous établir dedans & y vivre. Ces six mille légionnaires,composés de tous les hommes qui ont fait la Révolution, qui lont défendueaprès lavoir faite, qui veulent la continuer dans ce quelle a de raison-nable & de jufte, ces six mille légionnaires, militaires, fonétionnaires civils,magiftrats, dotés avec les biens nationaux, cefi-à-dire avec le patrimoinede la Révolution, sont une des plus fortes garanties que vous puissiezdonner à lordre de choses nouveau quelle recommencera. Nefi-on pasheureux davoir dans les mains un moyen si facile de soutenir, dexciterla bravoure de nos soldats? Au lieu de ce chimérique milliard, que vousnoseriez même plus promettre, vous pouvez, seulement avec trois millionsde revenus en biens nationaux, susciter autant de héros pour soutenir laRévolution quelle en a trouvé pour lentreprendre. »

Tels étaient les arguments du premier Consul. Il en avait dautres encore,deftinés à ceux qui demandaient que le nouvel ordre fût purement militaire,

la croix dor qui brillait sur leur poitrine. Il eft vrai quà Hanau les officiersbavarois ne pensèrent pas de même. Aussi les soldats français voulaient-ils massacrerles officiers faits prisonniers par eux & qui portaient la croix de la Légion dhonneur. Lors de la première invasion, un grand nombre de légionnaires, retirés du servicepar suite de leurs blessures, prirent les armes; on vit un certain nombre de légion-naires de lOueft venir combattre dans les plaines de la Champagne.