LÉGION D’HONNEUR.
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« que sera cette légion? s’écriait le premier Consul en revenant à son idée« favorite, le voici : c’eft un essai d’organisation pour les hommes, auteurs« ou partisans de la Révolution, qui ne sont ni émigrés, ni Vendéens, ni« prêtres. »
« L’ancien régime, si battu par le bélier de la Révolution, eft plus entierqu’on ne le croit. Tous les émigrés se tiennent par la main; les Vendéenssont encore secrètement enrôlés; & avec les mots de roi légitime, de reli-gion, on peut en un inftant réunir des milliers de bras, qui se lèveraient,soyez-en sûrs, si leur fatigue & la force du gouvernement ne les retenaient.Les prêtres forment un corps au fond peu ami de nous tous. Il faut que,de leur côté, les hommes qui ont pris part à la Révolution s’unissent, selient entre eux, forment ainsi un tout solide, & cessent de dépendre dupremier accident qui frapperait une seule tête. Il s’en eft fallu de bien peuque vous ne fussiez rejetés dans le chaos par l’explosion du 3 nivôse, &livrés sans défense à nos ennemis.
« Depuis dix ans, nous n’avons fait que des ruines ; il faut fonder enfin-un édifice pour nous établir dedans & y vivre. Ces six mille légionnaires,composés de tous les hommes qui ont fait la Révolution, qui l’ont défendueaprès l’avoir faite, qui veulent la continuer dans ce qu’elle a de raison-nable & de jufte, ces six mille légionnaires, militaires, fonétionnaires civils,magiftrats, dotés avec les biens nationaux, c’efi-à-dire avec le patrimoinede la Révolution, sont une des plus fortes garanties que vous puissiezdonner à l’ordre de choses nouveau qu’elle recommencera. N’efi-on pasheureux d’avoir dans les mains un moyen si facile de soutenir, d’exciterla bravoure de nos soldats? Au lieu de ce chimérique milliard, que vousn’oseriez même plus promettre, vous pouvez, seulement avec trois millionsde revenus en biens nationaux, susciter autant de héros pour soutenir laRévolution qu’elle en a trouvé pour l’entreprendre. »
Tels étaient les arguments du premier Consul. Il en avait d’autres encore,deftinés à ceux qui demandaient que le nouvel ordre fût purement militaire,
la croix d’or qui brillait sur leur poitrine. — Il eft vrai qu’à Hanau les officiersbavarois ne pensèrent pas de même. Aussi les soldats français voulaient-ils massacrerles officiers faits prisonniers par eux & qui portaient la croix de la Légion d’honneur.— Lors de la première invasion, un grand nombre de légionnaires, retirés du servicepar suite de leurs blessures, prirent les armes; on vit un certain nombre de légion-naires de l’Oueft venir combattre dans les plaines de la Champagne.