Druckschrift 
Histoire des ordres de Chevalerie et des distinctions honoritiques en France
Entstehung
Seite
276
Einzelbild herunterladen
 

276

HISTOIRE DES ORDRES DE CHEVALERIE.

leur naissance & leur religion, & on résolut de donner une petite satis-faction à larmée proteftante étrangère par la création de VOrdre duMérite militaire . Mais ceci ne fut nullement pour les Français propre-ment dits (1), sauf lAlsace, la religion proteftante navait pu cesserdêtre légalement admise, ayant été réservée par des conventions particu-lières que Louis XIV, dans sa toute-puissance, navait pas osé violer.

Partout ailleurs, la loi, depuis la révocation de lédit de Nantes, niantlexiftence des non-catholiques, les calviniftes français, dispersés parmiles troupes nationales, ne devaient avoir & navaient, en effet, aucun titreà la décoration. Cette injuftice eft très-vivement indiquée dans les cahiersde la noblesse en 178g. Depuis Louis XVI, en effet, une sorte dexiffencelégale (2) avait été reconnue aux proteftants, & alors les Français de cettereligion voulaient jouir des privilèges accordés aux étrangers. De, lesreprésentations de la noblesse de La Rochelle rappelant les grandshommes que le proteftantisme a fournis à la France (Coligny, Henri IV,Turenne, Duquesne, Sully, Necker, etc.). Les gentilshommes d'Annonay« sollicitent la bonté royale pour ceux de leurs compatriotes qui ontservi lÉtat avec diftinélion, & que leur différence dopinions religieuseséloigne des honneurs militaires... Puisque lexiftence des proteftantseft maintenant reconnue, rien, ajoutent-ils, ne semble sopposer à ce quilsoit accordé une décoration aux proteftants qui ont bien mérité de lapatrie, ni même à ce que cette grâce ait un effet rétroaéfif. »

( 1 ) Comme lont bien établi M. Chassin, dans son ouvrage : Génie de la Révo-lution française (Paris, 1 863; t. II, p. 197), & M. Alph. Feillet : Revue desArdennes (t. IV, p. 33 1 & suiv.). Cest au travail de ce dernier que nous empruntonsà peu près notre notice.

( 2 ) Du relie, les étrangers nétaient pas dupes de ces concessions accordées auxproteftants. On peut sen convaincre par une lettre de Jefferson, depuis président desEtats-Unis, alors ambassadeur de ce pays en France : « Lédit sur les proteftants, silongtemps attendu, vient enfin de paraître. En voici une analyse. Il reconnaît auxproteftants le droit dengendrer des enfants, le droit de mourir, le droit de nuire à lasalubrité publique quand on ne les enterre pas (jusquici les lois leur refusaient cesdivers privilèges). Lédit ne les autorise ni à penser, ni à parler, ni à prier Dieu. 11énumère toutes les humiliations quils continueront à subir, tous les fardeaux injuftesquils auront à supporter. Que faut-il penser de la condition de lesprit humain dansun pays une aussi misérable concession a causé des convulsions au sein de lÉtat?Et combien devons-nous bénir notre situation, nous (les Américains) qui vivons dansun pays dont le plus ignorant campagnard eft un Solon en comparaison des auteursde cette loi ! »