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HISTOIRE DES ORDRES DE CHEVALERIE.
leur naissance & leur religion, & on résolut de donner une petite satis-faction à l’armée proteftante étrangère par la création de VOrdre duMérite militaire . Mais ceci ne fut nullement pour les Français propre-ment dits (1), sauf l’Alsace, où la religion proteftante n’avait pu cesserd’être légalement admise, ayant été réservée par des conventions particu-lières que Louis XIV, dans sa toute-puissance, n’avait pas osé violer.
Partout ailleurs, la loi, depuis la révocation de l’édit de Nantes, niantl’exiftence des non-catholiques, les calviniftes français, dispersés parmiles troupes nationales, ne devaient avoir & n’avaient, en effet, aucun titreà la décoration. Cette injuftice eft très-vivement indiquée dans les cahiersde la noblesse en 178g. Depuis Louis XVI, en effet, une sorte d’exiffencelégale (2) avait été reconnue aux proteftants, & alors les Français de cettereligion voulaient jouir des privilèges accordés aux étrangers. De là, lesreprésentations de la noblesse de La Rochelle rappelant les grandshommes que le proteftantisme a fournis à la France (Coligny, Henri IV,Turenne, Duquesne, Sully, Necker, etc.). Les gentilshommes d'Annonay« sollicitent la bonté royale pour ceux de leurs compatriotes qui ontservi l’État avec diftinélion, & que leur différence d’opinions religieuseséloigne des honneurs militaires... Puisque l’exiftence des proteftantseft maintenant reconnue, rien, ajoutent-ils, ne semble s’opposer à ce qu’ilsoit accordé une décoration aux proteftants qui ont bien mérité de lapatrie, ni même à ce que cette grâce ait un effet rétroaéfif. »
( 1 ) Comme l’ont bien établi M. Chassin, dans son ouvrage : Génie de la Révo-lution française (Paris, 1 863; t. II, p. 197), & M. Alph. Feillet : Revue desArdennes (t. IV, p. 33 1 & suiv.). C’est au travail de ce dernier que nous empruntonsà peu près notre notice.
( 2 ) Du relie, les étrangers n’étaient pas dupes de ces concessions accordées auxproteftants. On peut s’en convaincre par une lettre de Jefferson, depuis président desEtats-Unis, alors ambassadeur de ce pays en France : « L’édit sur les proteftants, silongtemps attendu, vient enfin de paraître. En voici une analyse. Il reconnaît auxproteftants le droit d’engendrer des enfants, le droit de mourir, le droit de nuire à lasalubrité publique quand on ne les enterre pas (jusqu’ici les lois leur refusaient cesdivers privilèges). L’édit ne les autorise ni à penser, ni à parler, ni à prier Dieu. 11énumère toutes les humiliations qu’ils continueront à subir, tous les fardeaux injuftesqu’ils auront à supporter. Que faut-il penser de la condition de l’esprit humain dansun pays où une aussi misérable concession a causé des convulsions au sein de l’État?Et combien devons-nous bénir notre situation, nous (les Américains) qui vivons dansun pays dont le plus ignorant campagnard eft un Solon en comparaison des auteursde cette loi ! »