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Histoire des ordres de Chevalerie et des distinctions honoritiques en France
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ORDRE DU SAINT-ESPRIT.

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de donner, quand il nous plaît, un prix infini qui de soi-même neftrien (1). »

Dans la promotion de 1661, Fabert, gouverneur de Sedan, fut de ceuxà qui le roi offrit le cordon bleu; mais l'honnête Fabert le refusa plutôtque de consentir à déguiser sa naissance plébéienne. Voltaire a dit à tortque le maréchal fut dispensé de fournir des preuves de noblesse : un desffatuts fondamentaux de lordre exigeait quatre générations de noblesse,8c Fabert nétait quà la seconde. Probablement, sil eût voulu fournir despreuves fictives de noblesse, comme firent plus tard Colbert & Louvois, leroi eut fermé les yeux; mais, tout en regrettant cette brillante diftinéïion,Fabert préféra lhonneur aux honneurs, comme le prouve la lettresuivante :

« Sedan, le 11 décembre 1661.

« Sire ,

« Je sais quun sujet ne peut être obligé à son roi au delà de ce que jesuis à V. M. : & néanmoins elle a voulu encore me combler de ses grâces,en me nommant pour être chevalier de ses ordres, dans un temps leplaisir que lon prend à médire fait dire à bien des gens que je suis dans lecas de craindre la juflice. Un traitement semblable ne peut produire enmoi quun extrême regret de ne pouvoir men rendre digne, comme jauraispu faire si la guerre eût duré, & quil eût plu à V. M. de memployer encampagne, ainsi que feu M. le Cardinal avait dit quelle pourrait bien faire.Jaurais servi avec tant de zèle, que cela eût fait voir ce quen un sujetfidèle peuvent produire les bienfaits dun roi. Mais, Sire, par la paix, je metrouve éloigne de cela, qui eff pour moi un extrême malheur, lequel saccroîtpar la difficulté insurmontable que je trouve à recevoir lhonneur que V. M.veut me faire. De deux mauvais partis, Sire, agréez que je prenne, silvous plaît, celui de renoncer à la grâce que V. M. a la bonté de vouloir mefaire. On ne saurait, sans peine, refuser un honneur présenté par son Roi;mais, Sire, pour recevoir celui-ci, il faudrait que je fusse un faussaire,

(1) Louis XIV inaugurait ainsi le syftème de soumission quil voulait imposer à sanoblesse, par léclat & par les faveurs. Comme Richelieu, il voulut absorber lélémentféodal, mais cette fois sans violence.