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HISTOIRE DES ORDRES DE CHEVALERIE.
« La royne mère, dit Pierre Mathieu, montra bien en cela qu’elle eftoitfemme, quand elle appela à ce grade toutes sortes de gens, sans discrétion,en faisant un collier à toutes tejîes, en recevant à ce collège des plus grandsmonarques du monde ceux auxquels des petits princes n’eussent vouludonner d’autres grades que parmi leurs palefreniers (i). »
La prodigalité de la décoration de Saint-Michel ne répondit pas au butqu’on se proposait. Charles IX, par un règlement de 1565, limite lenombre des chevaliers à cinquante. Quatre ans après, averti que les che-valiers de Saint-Michel ne se rendaient pas à l’armée, selon l’ordre qu’ilsen avaient reçu, il fit publier à son de trompe & cris (14 août 1569) quetout membre de l’ordre non sexagénaire eût à se rendre, le mieux accom-pagné possible, au camp du duc d’Anjou, « Nous sommes avertis, dit leroi, que un grand nombre d’iceux, méprisans notre commandement, sontdemeurez en leurs maisons (2), sans avoir faicf aucune démonftration deen vouloir partir pour nous obéir : ce qui tesmoigne assez quelle eft leurvolonté, & en quelle recommandation ilz ont leur honneur ; d’autant queau lieu qu’ilz devroient effre les premiers à cheval, pour monffrer lechemin & servir d’exemple aux autres gentilzhommes, puisqu’ilz ont cefthonneur d’eftre receuz en noflredièf ordre, demeurens oisifs dans leurs-diéfes maisons, & negligeans nosdièfs commandemens, ilz apprennent àceux qui ont la volonté bonne, de faire le semblable... etc... (3). »
Montaigne dit (4) : « Je demandois à la fortune autant qu’autre chosel’ordre Sainèf-Michel ehant jeune; car c'elfoit lors l’extrême marqued’honneur de la noblesse françoise, & très-rare. Elle me l’a plaisammentaccordé : au lieu de me monter & hausser de ma place pour y aveindre,elle m’a bien plus gratieusement traidé; elle l’a ravallé & rabaissé jusquesà mes espaules, & au-dessoubs. »
Sous Henri III, la dignité de chancelier de l’ordre, jusque-là conférée àun ecclésiaftique, fut pour la première fois donnée par le choix du roi &des chevaliers à un laïque, Hurault, seigneur de Chiverny, déjà chancelier
(1) Pierre Mathieu, Hijtoire de France, Valois, Angoulême, t. I, p. 589.
(2) Les chevaliers devant être les défenseurs de la religion catholique, les guerres. religieuses influèrent naturellement sur les causes qui faisaient désobéir quelques-uns
d’entre eux aux ordonnances du roi.
( 3 ) Statuts de Vordre de Saint-Michel. Imprimerie royale, 1725; in-4 0 ; p. 219.
(4) Essais de Montaigne, livre II.