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Histoire des ordres de Chevalerie et des distinctions honoritiques en France
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ORDRE DU CROISSANT. IQI

jusquaprès la grant messe chantée. Lors le prince ou aulcun aultreseigneur chevalier lui ceint lespée dorée (i). »

On voit que ces cérémonies n avaient rien de semblable à celles quonobservait au onzième siècle; ce nétaient plus les évêques ou les chape-lains, comme on les appelait alors, qui armaient les chevaliers en leurdonnant laccolade & en les faisant jurer sur les saints Evangiles. Il nefaudrait cependant pas croire pour cela que linfluence religieuse avaitdisparu de ces inftitutions; seulement elles avaient pris un autre caractère,& de religieuses étaient devenues militaires.

Le seul des aétes qui navait subi aucune modification depuis loriginemême des inftitutions chevaleresques était le serment (2), transmis commeune sainte & pieuse tradition respeétée par les générations. Rien navaitété changé dans cette formule sacramentelle bon invoquait saintGeorges & saint Maurice. Les chevaliers du Croissant, comme nous lavonsvu, étaient armés au nom de saint Maurice & juraient dêtre fidèles à sescommandements, quils devaient réciter en latin avant de recevoir lacco-lade. Un vieux manuscrit de lancienne abbaye de Saint-Victor résume dansces vers les devoirs des chevaliers :

« La messe ouïr, ou pour Dieu tout donner,

« Dire de Notre-Dame, ou manger droit le jour,

« Que pour le souverain, ou maître ou sa cour,

« Armer les frères, ou garder son honneur,

« Fête & dimanche droit le croissant porter,

« Obéir sans contredit toujours au sénateur ( 3 ). »

Lordre du Croissant nous offre quelque analogie avec l'ordre de laToison dor, fondé en 1429 par Philippe le Bon, duc de Bourgogne. Leséléments principaux sont les mêmes; ils diffèrent seuls par quelques points

(1) Anthoinc de La Sale, De la Salade. Ouvrage très-peu connu du commencementdu seizième siècle. Voir le chapitre Comment ung escuyer se doit faire chevalier(p. 5 q & 55 ).

(2) Sous Charles VII on avait, au dire de Juvénal des Ursins, archevêque de Reims,négligé cette pratique (Mss. de Dupuy, n° 519). Ceft à tort que le chroniqueuravance ce lait. De toutes les coutumes, c était la seule qui fût encore observée, &quand Charles VII créa des chevaliers sur le champ de bataille, le serment était seulexigé.

( 3 ) Dambreville, Abrégé chronologique des ordres de Chevalerie. Paris, i vol.in-8°; 1807.