ORDRE DU CROISSANT.
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de lis se ternir de sang, les Anglais les avaient mutilées ; 8c, depuis ce jourlugubre, la France envahie était en proie aux horreurs de la guerre. QuandJeanne Darc releva l’esprit engourdi de la Chevalerie, René ressuscitaitses inftitutions; la noble & vaillante fille donna l’âme au corps que le roiavait reflauré (1).
Depuis qu’il était sorti des mains des ducs de Bourgogne, René d’Anjous’était retiré du monde, 8c se livrait à ses goûts passionnés pour les arts 8cles belles-lettres. Peintre diftingué, il enluminait les manuscrits avec untalent exquis; poète gracieux, plein de sentiment dans les rondels qu’ilenvoyait à Philippe d’Orléans, profond philosophe dans sa correspon-dance avec Pierre Sfforza, le doge de Venise, que nous trouverons plustard parmi les chevaliers du Croissant, il composait des marches & desrondes dont la Provence a conservé les doux échos (2).
Au milieu de cette vie calme si bien dans ses goûts, René rêvait la résur-rection de la Chevalerie; il voulait lui donner un autre mobile que le prixobtenu dans un tournoi, & des grands principes d’honneur & de religion.Ce fut alors qu’il eut l’idée de rétablir encore une fois l’ordre du Croissant.En renouvelant cette inftitution, il obéissait à de grands souvenirs & con-tinuait l’œuvre de saint Louis.
« Il n’eft pas à oublier que le gentil cœur du roy René ne se put con-tenter de passer son âge sous silence & sans faire quelque chose d’éternellemémoire (3). » Ainsi s’exprime le naïf Bourdigné, chroniqueur de la maisond’Anjou, en parlant de l’ordre du Croissant établi par le bon roi René.
Plusieurs auteurs, entre autres Favyn (4} 8c Vulson de la Colombière (5),ont à tort avancé que l’ordre du Croissant avait été inftitué en 1464. Cefut le 11 août 1448 qu’il fut créé. En rétablissant cet ordre inauguré parses ancêtres, « le bon roi René s’effoit mis en pensée que tout noble cou-rage doit entreprendre 8c oiser à tout acte généreux 8c magnanime, croiftre
(1) Comme rénovateur des idées chevaleresques, René d’Anjou mérite bien que sonnom soit placé à côté de celui de Jeanne Darc.
(2) Œuvres du roi René, publiées par le comte de Quatrebarbes. Angers, i 8 q 5 ;4 vol. in-4 0 .
( 3 ) Hiftoire agrégrative des Annales & Chroniques d’Anjou, par Bourdigné. Angers,i 52 q, in-fol.
(4) A. Favyn, Théâtre d’honneur & de Chevalerie. Pc ris, 1620; 2 vol. in-4 0 .
( 5 ) Marc de Vulson de la Colombière, Le Vray théâtre d’honneur & de Cheva-lerie. Paris, 1648; 2 vol. in-fol.