ORDRE DU CROISSANT.
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Tagliacozzo, qu’il venait de remporter sur Conradin, son compétiteur auroyaume de Naples. Charles apporta quelques modifications dans les insi-gnes ; le collier fut entremêlé de fleurs de lis & de croissants, N l’ordreprit cette devise : Donec totum impleat orbem (jusqu’à ce qu’il remplissetout son globe ou le globe). Charles de France créa beaucoup de che-valiers à sa cour parmi la noblesse française & italienne qui l’avait suividans ses expéditions; l’hiftoire nous a conservé les noms de Jeoffroy deBeaumont (1), son grand chancelier; René de Beauvau, de Clairac, DamasGrimaldi, Toucy, etc., etc. Le but que s’était proposé Charles de Franceen rétablissant cet ordre avait été de former autour de son trône deNaples une noblesse dévouée 8 ; obéissante, liée par cette puissance duserment & ce respeét sacré qu’inspiraient les inftitutions chevaleresques.On ne peut suivre, au milieu des guerres civiles qui troublèrent l’Italie àcette époque, l’hiftoire de cet ordre de Chevalerie ; il eft tout à croire qu’iltomba en désuétude à la mort de Charles, arrivée en 1285.
Un siècle après (i382), Charles III de Duras, prince de la maisond’Anjou & roi de Naples, le rétablit encore sous les différents noms deordre de la Nef, des Argonautes, de Saint-Nicolas, du Navire ou duCroissant. Hélyot (2) dit que ce fut à l’occasion du couronnement deMarguerite, sa femme. Les insignes sont encore changés; le collier reprendsa forme primitive, composée de croissants & de coquilles, avec le navireou nef à la pointe ondoyée d’argent sur champ de gueules entouré de cettenouvelle devise : Non credo tempori (je ne me fie pas au temps). Le cos-tume des chevaliers se composait d’un grand manteau de velours noirparsemé de fleurs de lis d’argent, sur le côté gauche duquel était magnifi-quement brodé le navire flottant; la toque, de velours noir, portait aussi lenavire brodé d’argent.
L’ordre du Croissant, comme nous venons de l’examiner, s'était, avecpeu d’altération, transmis jusqu’à Charles de Duras. Oublié encore unefois à la mort de celui-ci, nous allons le retrouver dans toute sa splendeursous René d’Anjou en 1448. Les ftatuts de.ces ordres, qui sous différentesappellations n’en forment qu’un, ne nous sont pas parvenus. Nous avonsvainement cherché pour en trouver quelque trace. Au refte, il règne par-
(1) Les Beaumont s’établirent en Provence; ils portaient d'or à vne bande d’azur,accompagné de trois molettes de gueules, deux en chef, une en pointe.
(2) Hélyot, Hifl. des ordres de Chevalerie. Paris, 1714-1719; 8 vol. in-4°.