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HISTOIRE DES ORDRES DE CHEVALERIE.
Mais celle qu’on voit de son temps ne ressemble pas plus à celle quirégnait jadis « qu’un vieil habit en lambeaux ne ressemble au riche vête-ment qui a tout l’éclat de nouveauté. »
Ainsi étaient les anciennes inftitutions chevaleresques à la fin du règnede Charles VI, quand les Anglais étaient au cœur du royaume, & queHenri V d’Angleterre se qualifiait du titre de roi de France.
Une inftitution qui a été si puissante & si forte ne peut disparaître dela scène du monde sans laisser derrière elle de grandes traces, de pro-fonds souvenirs 8: quelques rénovateurs zélés qui invoquent ses gloirespassées pour la faire renaître. Tels furent Jeanne Darc, Charles VII, &surtout le roi René, qui, en rétablissant l’ordre du Croissant (i), dont nousallons étudier l’hiftoire depuis son origine, avait résolu la résurredion del’ancienne Chevalerie.
L’ordre du Croissant eft l’œuvre de la maison d’Anjou, qui eut poursouche saint Louis & se termina sous Louis XI; il lui appartient essen-tiellement. Au milieu des guerres civiles & des révolutions qu’elle eut àsoutenir, l’ordre du Croissant fut son drapeau de ralliement, la récom-pense donnée aux services rendus; partout où régna cette maison, enSicile, à Naples, elle l’accorda comme marque d’honneur & de diftinélion.
Quelques hifioriens ont prétendu qu’il avait exifié trois ordres diftinéfsqui portèrent le nom de Croissant. Nous ne partageons pas leur avis. Troisfois rétabli à différentes époques, il fut toujours la même inftitution, renou-velée sur la même base avec des idées neuves pour servir le but ques’étaient proposé ses rénovateurs. Fondé en 1269 par saint Louis, sous lenom d'ordre du Navire ou de la Coquille de Mer (2), il ne dura guèreen France, & le souvenir n’en relfa qu’à ceux qui, de retour de la Pa-leftine, « en gardèrent mémoire dans leurs armes N blasons (3). » Il futrecueilli par Charles de France, frère de saint Louis, comte d’Anjou, duMaine & de Sicile, qui l’introduisit sur le sol napolitain après la viéloire de
(1) Le Croissant a été de tout temps une marque diltinétive de noblesse : chez lesJuils, le grand prêtre le portait sur ses chaussures; cette coutume se transmit chez lesRomains ( Lunaticali). Clovis portait trois croissants pour devise. Il y a aussi dansquelques-unes des belles légendes chrétiennes l’image du Croissant (apparition deCalixte II); mais ce fut surtout à Byzance & dans l’Orient que le Croissant reliacomme un symbole sacré.
(2) Voyez Ordre du Navire.
( 3 ) Favyn, Théâtre d'honneur & de Chevalerie. Paris, 1620; 2 vol. in-8°.