HISTOIRE DES ORDRES DE CHEVALERIE.
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De son côté, le roi Philippe VI n’avait aucune diftinéfion à donner aucomte de Charni.
Trois ans après, en l’année i35o, Édouard III inflituait Y ordre de laJarretière , dont il se fit grand maître; cet ordre tout ariftocratique, qui nedevait avoir que vingt-six membres, pouvait suffire à l’Angleterre, où leroi seul avait droit de conférer l’ordre de la Chevalerie à ses preux.
L’année suivante, le 8 novembre i35i, le roi Jean créait Y ordre del’Etoile, qui, loin d’être, comme l’ordre de la Jarretière, réservé auxgrands personnages, devait être réparti entre les trois classes de chevaliers,princes, simples bannerets 8c bacheliers. Cependant, malgré cette tripledefiination, le nombre des chevaliers de l’Étoile ne devait pas dépassercinq cents, lorsque l’ordre serait au complet.
Les circonftances, d’ailleurs, exigeaient que Jean s’attachât la noblesse;il avait en face de lui deux compétiteurs qui n’acceptaient nullement l’appli-cation élastique qu’on faisait de la loi salique contre les descendants desfilles des rois, Édouard III & Charles le Mauvais ; ce dernier, qui avaitalors près de vingt ans, était décidé à employer tous les moyens pourfaire triompher ses prétentions. Jean, cruel parce qu’il était faible, preuxchevalier, mais politique nul, ignorant, fastueux, prodigue, crut n’avoirrien de mieux à faire que de favoriser la noblesse 8; de continuer lemouvement de réacfion féodale qui avait suivi le règne de Philippe le Bel,mouvement dont Charles de Valois s’était fait le chef & dont le financier8c légiste Enguerrand de Marigny fut la première victime (i).
« Dès son avènement, dit M. Michelet ( 2 ), Jean, pour complaire aux
(1) « La noblesse, dit M. Lavallée [Hiftoire des Français, t. I er ), non contente deces vengeances, se confédéra dans plusieurs provinces pour regagner ses franchises;elle demanda la fixation des monnaies, des garanties pour la liberté des individus &pour les propriétés, le rétablissement des combats judiciaires & des juftices seigneu-riales, l’abolition de la torture, la publicité des débats en matière criminelle, etc., etc.Cette réaction féodale aurait pu devenir redoutable & donner à Pariftocratie, en France,le rôle qu’elle avait eu en Angleterre; mais au lieu d’agir en un seul corps, de mettrede l’union dans ses demandes, de s’allier à la bourgeoisie, de réclamer l’établissementrégulier des états généraux, enfin de se faire la protectrice des libertés publiques, lanoblesse agit par provinces & même par individus, fit des réclamations & des résis-tances isolées, & dévoila son égoïsme. Louis X fit de nombreuses concessions, & laroyauté en fut très-affaiblie. Les guerres privées recommencèrent; les nobles battirentde la fausse monnaie; l’œuvre de Philippe IV sembla démolie. »
(2) Michelet, Hiftoire de France, t. III.