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Histoire des ordres de Chevalerie et des distinctions honoritiques en France
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HISTOIRE DES ORDRES DE CHEVALERIE.

qui vivait alors à Paris, & qui fut témoin du supplice de Molay. Voici cequon lit dans cette chronique, dont le manuscrit se trouve à la Biblio-thèque impériale (F. fr., 6812) :

Le mettre qui vit le feu preftSeft despoillié sans nul arrett.

Mes ains leur dift : « Seingnors, au moinsLessiez moi joindre un po mes mainsEt vers Diex fere moroison,

Car or en eft temps & seison.

Je voi ici mon jugement mourir me convient brément.

Dieu set quà tort & à péchiéSen vendra en bref temps meschié;

Sus celz qui nous dampnent à tort,

Diex en vengera noftre mort.

Seingnors, ditt-il, sachiez sans tereQue tous celz qui nous sont contrerePar nous en aront à souffrir;

En cefte foy veil je mourir.

Vez ce ma foy, & je vous prieQue devers la Vierge Marie (1)

Dont notre Seigneur Chrift fuft nezMon visage vous me tornez. »

Sa requefte len li a fet,

En cefte guise fu deffet,

Et si doucement la mort prittQue chacun merveilles en fift.

Cette chronique rimée ne permet pas de croire que ce soit le discourstextuel du grand maître; on avouera cependant quil ny a rien qui res-semble à une prédiction formelle qui eût frapper le chroniqueur, surtoutlorsquil leût vue sitôt suivie de son effet. Ceft tout au plus limpré-cation dun innocent appelant la juftice divine sur la tête de ses persé-cuteurs, sentiment naturel à une époque la croyance au jugement deDieu était encore dans les cœurs, sinon dans les habitudes (2).

(1) Il faut entendre probablement léglise Notre-Dame, placée en face du terre-pleindu Pont-Neuf, & visible alors, par labsence des conftrudions.

(2) Consulter Ed. Fournier : LEsprit dans Vliijioire. Paris, 1 vol. in-12; 1860,2 e édit. M. Fournier examine avec soin tous les documents fournis pour ou contrele mot prêté à Jacques Molay, & comme nous conclut à la négative (pages 72 à 77).