I 10 HISTOIRE DES ORDRES DE CHEVALERIE.
Leur orgueil & leur insubordination ne faisaient naturellement que s’ac-croître avec leur importance. Innocent III les réprimanda à ce sujet en1208. Ce qui n’empêcha pas, en 1210, le roi d’Aragon de leur faire desdons considérables, entre autres la ville de Tortose. Trois ans après, ilsle remercièrent en battant les Maures à Ubeda. C’eff l’époque de leursgrands succès & de leurs services envers la cause des chrétiens.
Vers 1207, ils conftruisirent le fameux château des Pèlerins qui résilia àl’ennemi, tandis que le gros des chevaliers était occupé au siège de Da-miette, lors de la cinquième croisade. En 1224, alliés aux Caflillans, ilsfirent éprouver de grandes pertes aux Maures ; &, l’année suivante, ilsdonnèrent asile dans leurs forteresses aragonaises au jeune roi DonJayme.
De 1227 à 122g, quelques difficultés s’élevèrent avec l’empereur Fré-déric II, « personnage singulier, a dit son plus récent & savant hiftorien,M. Huillard-Bréholles (1), plus Italien qu’Allemand, & presque aussiArabe qu’italien. » On comprend qu’il ne dut avoir qu’une faible sym-pathie pour une milice papale qui venait même d’admettre dans l’ordreInnocent III, l’ennemi personnel de l’empereur, à une époque où il étaiten querelle avec la papauté, qui voulait le forcer à partir pour la croisade.Aussi l’ordre eut-il à souffrir de sa part des vexations en Sicile. — A lamême époque, les templiers d’Aragon, sous la conduite de Don Jayme,conquirent les îles Baléares. En 1237, ceux d’Orient battirent les Sarrasinsprès d’Alep. Cette viétoire fut suivie de deux défaites, dont la seconde,en 1244, coûta au Temple trois cent douze chevaliers & trois cent vingt-quatre servants d’armes; le grand maître lui-même fut fait prisonnier.Les templiers prirent une part importante à la bataille de Mansourah,où leur grand maître perdit un œil.
En 1260, tandis que les chevaliers de Caftille combattaient les Mauresd’Andalousie, ceux de Paleüine étaient battus par Bibars-Bondokhar,sultan d’Egypte.
En 1264, il se passa un événement encore inouï. Le pape Urbain IV privade sa charge le maréchal de l’ordre, Etienne de Sissy. Le maréchal osafaire des remontrances au pontife, qui l’excommunia. — L’ordre soutint
(1) Hifîoria diplomatica Frederici secundi. Paris, 1852-1859; 5 vol. in-4 0 . Préface& introduction en frança 1 ' de 1859.