ORDRE DU TEMPLE.
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premier que les templiers furent amenés à violer, & ce qui fit d'abordleur grandeur fut en même temps la source première de leur décadence& la cause principale de leur perte.
L’ordre reçut en Paleftine & en Europe des présents & des legs consi-dérables, qui ne tardèrent pas à exciter parmi ses membres l’orgueil &l’avidité.
Un bref du pape Alexandre III l’exempta, en 1162 (1), de toute juri-diction ecclésiaftique, & le plaça sous l’obédience immédiate du saint-siège,dont il était en quelque sorte l’armée ecclésiaftique proprement dite, l’ar-mée permanente.
Plus tard, les templiers furent déchargés de tout impôt, & obtinrentmême des privilèges pour lever des dîmes; on leur confia des sommesimportantes, deftinées aux frais des croisades (2).
On ôtait bien loin des pauvres chevaliers du temple !
§ II. Grandeur de l’ordre du Temple.
Vers le milieu du treizième siècle, les templiers atteignirent l’apogée deleur prospérité. Ils possédaient, suivant Mathieu Pàris (3), neuf mille com-manderies, qui élevaient leurs tours crénelées aussi haut qu’aucun châteauféodal, des biens immenses, particulièrement en France, & de fort gros
(1) Bulle Omne datum optimum (janvier 1162).
(2) En 1209, Innocent III déposa une somme considérable entre les mains desordres militaires; les rois Henri II d’Angleterre & Philippe II de France faisaient demême (Wilken, Geschichte der Kreu^üge, VI, 60, 69. — Wilcke, Geschichte desTempelhersnordens, I, 89, i 3 o, 164). Par une bulle du pape Eugène III, publiéeen 1147 (Wilcke, i, 32 ; II, 18 3 ), les templiers obtinrent la permission de dire unefois par année la messe à des endroits chargés de l’interdit, & d’y recueillir desaumônes. Innocent III (. Epp. Innoc., I, 5 o 8 . Wilcke, II, 35 , 94, 189, 257, 259;III, 259) défendit aux évêques d’exiger des templiers chevaliers & clercs aucun ser-ment d’obéissance ou de fidélité. Honoré III interdit aux évêques l’excommunicationdes templiers & de leurs maisons (Wilcke, II, 191 ; III, 194). Grégoire IX, Inno-cent IV, Alexandre. III & Clément IV confirmèrent toutes ces prérogatives. Grégoire Xles délia même en 1273 de chaque contribution d’argent pour les guerres saintes.
Dans les bulles ci-dessus énoncées, il eft expressément mentionné que le pape seula autorité sur les ordres ; de même on lit dans un aéte de confirmation (par lequelAlexandre III approuve une paix conclue entre les hospitaliers & les templiers) les
mots : « Notum sit omnibus. quod per voluntatem Dei & domini papæ Alexandri,
cui soli pofi Dominum obedire tenemur... » (Wilcke, II, 237.)
( 3 ) Mathieu Paris, Hifioria major ( ! 2 5 o).