ORDRE DE SAINT-JEAN DE JÉRUSALEM ET DE RHODES. ç5
Cependant, dès cette époque, des signes de décadence se manifeftèrentdans l’ordre. La division se met entre les chevaliers des différentes nations ;on en vient aux mains dans les rues de Malte; le canon tonne, & le baillide Manosque a beaucoup de peine à calmer les combattants, dont les plusacharnés sont jetés à la mer.
En même temps, le schisme de Henri VIII supprime dans l’ordre lalangue d’Angleterre, & les hospitaliers sont persécutés dans ce pays.
Malgré ces épreuves, l’ordre était toujours un sujet de grave préoccu-pation pour Soliman, dont il ravageait les côtes & prenait les galères. Unriche galion, dont la cargaison appartenait au chef des eunuques & auxodalisques du harem, étant tombé entre les mains des chevaliers, le sultanrésolut de traiter Malte comme il avait traité Rhodes. Le 18 mai 1565,cent quatre-vingt-treize vaisseaux, portant huit mille marins & trente-huitmille hommes de débarquement, parurent devant l’île. Le grand maîtreétait alors Jean de La Valette. Après une lutte héroïque de quatre mois,les chevaliers virent les Turcs faire voile vers Conftantinople.
L’ordre était réduit de neuf mille à six cents chevaliers; les Ottomansavaient perdu plus de trente mille hommes.
Jean de La Valette laissa son nom à une ville nouvelle, dont il posa lapremière pierre dans la presqu’île appelée le Mont-Suberras. Il mouruten 1568.
Peu d’années après, en U71, les galères de Malte se couvrirent de gloireà la bataille de Lépante, où don Juan d’Autriche (i) détruisit la flotte otto-mane, & arrêta définitivement l’invasion maritime des Turcs. Cette journéeglorieuse qui enleva à la Turquie son preftige, ce renom d’invincible quifaisait sa force & ses succès, se partage entre Pie V, l’héroïque vieillard,l’Espagne, qui cueille sa dernière palme glorieuse (2), l’ordre de Malte &un peu les Vénitiens, que les Turcs menaçaient principalement en voulantleur enlever Chypre. La France des Valois était tombée trop bas pours’associer à un glorieux projet; sa victoire à elle devait s’appeler le mas-sacre de la Saint-Barthélemy; l’Angleterre était alors séparée de l’Europe
(1) On peut voir au Cabinet des EJïampes de la Bibliothèque impériale de Parisun très-beau portrait de don Juan d’Autriche. M. J al, le très-savant hiftoriographede la marine, l’a reproduit, ainsi que de curieux détails sur la bataille de Lépante,dans le Moyen âge & la Renaissance , t. II, ch. v, Marine. Paris, 18^8; 5 vol. in-4 0 .
(2) Voir Rosseeuw Saint-Hilaire, Hiftoire d'Espagne (Paris, 1846, i 856 ; 10 vol.).