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HISTOIRE DES ORDRES DE CHEVALERIE.
que Venise., profondément déchue depuis la Ligue de Cambrai , ne pouvaitplus remplir.
L’île entière obéissait au grand maître, dont l’autorité despotique n’était
bornée que par les ffatuts de l’ordre. Tous les Maltais en état de servir
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étaient tenus de prendre les armes au premier ordre du grand maître. Lestravaux pénibles étaient accomplis par les prisonniers turcs, véritablesilotes, dont le nombre était considérable, & dont les fréquentes révoltesétaient punies avec une extrême rigueur. Deux Maltais seuls avaientle droit de taire partie de l’ordre comme grand prieur de l’église Saint-Jean & évêque de Malte, mais étaient, par les règlements, exclus de ladignité de grand maître. Pendant cette période de gloire, le titre de grandmaître eut pendant longtemps presque autant d’éclat que celui d’un sou-verain, & les cadets des plus grandes familles tenaient à honneur d’êtreadmis dans l’ordre de Malte ; ils préféraient d’ailleurs à la carrière ecclé-siaftique cette profession demi-religieuse, demi-laïque. On pouvait êtrereçu chevalier de Malte à tout âge ; mais il fallait, dans les deux annéesqui suivaient la réception, payer une somme de trois cent trente piftolesd’Espagne, qui s’appelait droit de passage (i).
C’eït de cette époque que datent à Malte ces auberges ou palais bâtisaux frais des chevaliers de chaque nationalité, & dans lesquels logeaient& vivaient en communauté, sous l’inspedion d’un chef appelé pilier & dubailli, les jeunes profès qui venaient à Malte pour y faire leur caravane ouapprentissage. On y tenait aussi le conseil, où se discutaient les affairesparticulières des langues respectives. Tous ces palais, qui exiffent encoreaujourd’hui, se font remarquer par leur architecture, & en particulier lesauberges de Bavière, de Provence & de Caftille, qui, sans infériorité, pour-raient être comparées aux plus beaux hôtels & même aux palais souverainsde l’Europe.
(i) Voici la cérémonie de réception : le prêtre qui disait la messe bénissait l’épéedu poltulant; après cette bénédiction, un chevalier la lui ceignait au côté, en luidisant : « Je vous ceins de cette épée, au nom du Dieu tout-puissant & de la glo-rieuse Vierge Marie, de monsieur saint Jean-Baptifte, notre patron, & du glorieuxsaint Georges. » — Ensuite, lui montrant la croix à huit pointes, il ajoutait : « Cettecroix vous a été donnée blanche en signe de pureté, laquelle vous devez porter autantdans le cœur comme dehors, sans macule ni tache. Les huit pointes que vous voyezen icelle sont en signe de huit béatitudes que vous devez toujours avoir en vous...Pour ce, je vous commande la porter apertement cousue au côté seneltre (gauche), &jamais ne l’abandonner. »