ORDRE DE SAINT-JEAN DE JÉRUSALEM ET DE RHODES. y3
chrétienté. Mais cette ligue ne se soutint pas : chacun fit sa paix sépa-rément avec les Turcs, & Pierre cTAubusson mourut en i5o3.
Dix-neuf ans plus tard, le Français Villiers de l’Ile-Adam venait à peinede prendre possession du magiftère, que Soliman II vint mettre le siègedevant Rhodes avec trois cent mille hommes & deux cent quatre-vingtsvaisseaux. Un Portugais, André d’Amaral, chancelier de l’ordre, irritéde s’être’ vu préférer Villiers de l’Ile-Adam pour la charge de grandmaître, livra la place aux-Turcs; & après une héroïque résiftance de troisannées & un siège de six mois, l’ordre se trouva encore une fois sansasile, emportant ses reliques, ses vases sacrés & ses canons aux îlesd’Hyères ( 1 523) (i).
Soliman, plein d’admiration pour le courage de d’Aubusson, voulut parles plus belles promesses l’attacher à sa personne. « Ce n’eft pas sanspeine, disait-il, que j’oblige ce chrétien, à son âge, à quitter sa demeure. »
L’ordre erra d’abord de Messine à Cumes, puis à Viterbe, & enfinCharles Quint, qui songeait à trouver dans les chevaliers des auxiliairespour sa lutte contre les Turcs, lui donna l’île de Malte, avec Gozzo &Comino, en i53o ( 2 ).
C’eft ainsi que l’ordre, désormais appelé Ordre de Malte, commençad’être dans la dépendance de la maison d’Autriche; &, à ce titre, le grandmaître devait chaque année faire hommage d’un faucon & recevoir desmains de son suzerain ou de celles du vice-roi l’inveftiture de la grandemaîtrise.
Aux défenses naturelles les chevaliers ajoutèrent les ressources de l’art& rendirent l’île imprenable. De Malte, qui était une sorte de pofte avancécontre les Turcs, ils recommencèrent leurs croisières, & furent pendantquelque temps comme la maréchaussée maritime de l’Europe, fonction
(1) Un archéologue français, M. Salzmann, en 1857, trouva à Rhodes environ trentebouches à feu qui avaient servi à la défense de l’île. Une eft allemande & date de 1404,les autres françaises, de 1478 à i 522 . M. Salzmann en ht faire des photographiesqu’il montra à l’empereur Napoléon III, & celui-ci ayant témoigné au sultan le désir deles acquérir pour la collection du Musée d’artillerie, Sa Hautesse s’empressa de lui offrirces pièces rares & curieuses. Aujourd’hui, douze de ces pièces sont à Paris au Muséed’artillerie. (Moniteur universel , 11 juin 1862; article de M. Penguilly-l’Haridon.)
(2) Cette île, située entre la Sicile & l’Afrique, dépendait alors du royaume d’Aragon& des Deux-Siciles, possessions de la maison d’Autriche. — Sa longueur elt de septlieues & sa largeur de quatre.
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