7 2
HISTOIRE DES ORDRES DE CHEVALERIE.
vainqueur du serpent ou du crocodile qui désolait Rhodes, & dont les arts& la poésie (i) ont immortalisé la victoire (1346-1353).
De 1444 à 1449, I e Soudan d’Égypte tente vainement de se rendremaître de Rhodes.
Après la prise de Conftantinople (2), qui ouvrait aux Turcs le bassinde la Méditerranée & les appelait eux-mêmes à devenir marins, la luttedevait se renouveler fréquemment entre les hospitaliers de Rhodes & lesredoutables Osmanlis.
Mahomet II, à la tète de cent mille hommes & de cent soixante vais-seaux, vint à son tour mettre le siège devant Rhodes. C’était en 1480. Legrand maître de l’ordre était alors le Français Pierre d’Aubusson, auquelon donna le glorieux & mérité surnom de Bouclier de l’Église & de Libéra-teur de la Chrétienté. Mahomet II échoua honteusement (3).
Deux ans après (1482), Djem ou Zizim, ayant tout à craindre de sonfrère Bajazet, demanda asile aux chevaliers de Rhodes, qui le lui accor-dèrent. Selon quelques hiftoriens, Pierre d’Aubusson, violant la foi juréeà un hôte malheureux (4), traita de son extradition avec Bajazet, puis sedécida à le transporter en France, & de là à Rome. Selon d’autres, Zizimne se serait pas réfugié à Rhodes, mais y serait venu en qualité deprisonnier de guerre, & dès lors le grand maître aurait pu sans trahisondisposer de lui.
Zizim étant mort en 1495 du poison des Borgia, son frère arma contreRhodes, qui trouva d’abord de nombreux alliés parmi les princes de la
(1) Voir Poésies de Schiller : Le Combat contre le dragon de Rhodes.
(2) La prise de cette ville fournit l’occasion d’une très-belle & éloquente lettre d’Isa-belle, infante de Portugal, femme de Philippe le Bon, duchesse de Bourgogne & deFlandre, appelant les princes chrétiens & la chevalerie européenne aux armes contreles Turcs; elle eft datée de Bruges, & l’original se trouve, dit-on, dans les archivesde cette ville. Elle a été reproduite dans l’ouvrage intitulé Aâions nobles de Portugal,citée par Damiao Antonio de Lemas (t. VI, liv. 26) & republiée en 1825 dans lePilote. Nous avouons cependant que le ftyle de cette lettre nous semble bien moderne,ou au moins rajeuni.
( 3 ) M. de Villeneuve-Bargemont a donné dans ses Pièces jujlijicatives le récit dusiège par Pierre d’Aubusson lui-même. ( Monuments des grands maîtres de Saint-Jean de Jérusalem , t. 1 er , p. 3 o 6 .)
(4) Ce fut en récompense de ce honteux service que le pape Innocent VIII voulutdonner aux hospitaliers les biens de l’ordre de Saint-Lazare, qui se montrait moinsfavorable à la papauté. (Voir ordre de Saint-Lazare.)