ORDRE DE SAINT-JEAN DE JÉRUSALEM ET DE RHODES. 71
Gérard Tune mourut en 1120. Raymond du Puy lui succéda en vertude l’élection libre & unanime des hospitaliers. En présence des luttes inces-santes qui armaient les chrétiens & les musulmans les uns contre lesautres, Raymond conçut le dessein de faire de l’ordre dont il était devenule grand maître un ordre militaire. Son idée lut adoptée avec enthou-siasme, & l’ordre comprit dès lors trois divisions : les prêtres ou aumôniers,les frères servants ou hospitaliers & les chevaliers.
Ces moines-guerriers firent leurs premiers exploits en 1122 pour ladéfense du roi de Jérusalem, se signalèrent aux sièges de Tyr & d’Ascalon& battirent en 1126 le sultan de Damas.
En 1187, le sultan Saladin s’empara de Jérusalem. Les hospitaliers deSaint-Jean se trouvèrent sans asile. Quatre ans après, ils parvinrent às’établir à Saint-Jean d’Acre, où ils demeurèrent un siècle. Cette ville ayantété enlevée aussi définitivement aux chrétiens (1291), après un siège terriblede quarante-trois jours, 011 s’illuffrèrent les hospitaliers sous la conduitede Jean de Villiers, l’ordre se retira dans l’île de Chypre, sous la proteéfiondu roi Henri de Lusignan, qui lui donna la ville de Limisso.
Leur rôle de défenseurs de la chrétienté semblait terminé, s’ils n’avaienteu l’heureuse idée de devenir un ordre maritime; c’était rendre un serviced’autant plus grand à la religion, qu’alors Venise, longtemps l’avant-gardede l’Europe contre les Turcs, commençait à montrer l’égoïsme si fatal dansl’avenir pour elle, & que caraétérise si bien ce mot : « Nous sommesd’abord Vénitiens, puis chrétiens. » Cette vie nouvelle préserva pour uninffant les chevaliers des désordres oui étaient tombés les Templiers, riches& oisifs.
En i3oq, le grand maître Eoulques de Villaret conduisit ses chevaliersdevant l’île de Rhodes 8; s’en empara. Dès lors on les appela les Chevaliersde Rhodes, & ils inspirèrent bientôt une grande terreur aux Turcs & auxpeuples arabes qui, établis sur la côte d’Afrique, ne .devaient leur pros-périté qu’à la piraterie. Les nouveaux possesseurs de l’île, enrichis à peuprès à la même époque d’une partie des dépouilles des Templiers, netardèrent pas à y être assiégés, mais sans succès, par les Sarrasins. A lafaveur des dissensions inteftines qui déchiraient l’ordre, & qui un inffantvirent deux grands maîtres à la fois, les Turcs vinrent, en i 3 qi, essayerde prendre Rhodes. Le danger rétablit la paix parmi les chevaliers, &les assiégeants furent repoussés. C’eft à peu près aussi vers cette époquequ’il faut placer la grande maîtrise de Dieudonné de Gozon, le fameux