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Histoire des ordres de Chevalerie et des distinctions honoritiques en France
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HISTOIRE DES ORDRES DE CHEVALERIE.

Gérard Tune , appelé aussi Tum, Tung, Tuncus, Thonc, Thune, Thenc,& enfin Tenque , fils de marchands peu aisés, mais relativement bien élevé.Il alla à Jérusalem en qualité de pèlerin, vit le dévouement des pieuxfondateurs de lhôpital & de léglise, se joignit à eux, &, par sa générosité,qui sétendit sur les Sarrasins eux-mêmes, conquit le glorieux surnom dePère des pauvres (i).

Quand Godefroy de Bouillon vint assiéger Jérusalem, le gouverneur dela ville fit mettre Gérard aux fers, de peur quil nentretînt des intelligencesavec larmée chrétienne. La vidoire de celle-ci le délivra. Il consacra aus-sitôt sa liberté recouvrée au soulagement des blessés & des mourants,sauva la vie à un grand nombre de croisés, & eut bientôt pour imitateursles chevaliers qui entouraient Godefroy de Bouillon, parmi lesquels on citeRaymond du Puy, Dudon de Compis, gentilshommes du Dauphiné;Gafton de Berdien, & Canon de Montaigu, de lAuvergne. Godefroy deBouillon céda même à lhospice une partie de ses domaines brabançons,formant la seigneurie de Montboire; plusieurs souverains & seigneurssuivirent cet exemple, & les frères hospitaliers eurent en- peu de temps unrevenu triple de celui de bien des rois. Malgré cela, ils demeurèrent fidèlesà leur vœu de pauvreté (2).

Vers lan 1100, Gérard & ses confrères prirent lhabit religieux. Le papePascal II approuva lordre en 11 13 . Alors le fondateur & le chef des hos-pitaliers fit confiruire une église magnifique sous linvocation de Saint-JeanlAumônier, avec de vaftes hôpitaux. Des maisons semblables sélevèrentpar ses soins & à son infligation en Provence, en Andalousie, en Sicile,en Pouille.

(1) Un des plus célèbres flatuaires français, Pierre Puget, sculpta en argent laflatue de Gérard Tune; la tête, dit le vicomte Bargemont de Villeneuve, qui passaitpour un des chefs-dœuvre de lartifle, exifle encore dans la principale église deManosque (Basses-Alpes), mais on a eu le mauvais goût de la peindre. Sur unemédaille reproduite dans louvrage imprimé à Parme par Bodoni (1780, Memoriedeglgran maëstri , etc.), on voit aussi Gérard Tune; il eft représenté encore jeune,& dune figure noble & douce.

(2) Le moine-chevalier peint très-bien la physionomie des croisades, guerre reli-gieuse & politique, ce moment de la puissance cléricale Etat & Eglise, hiérarchie& féodalité, faillirent être conftitués ou confondus dans la plus redoutable théocratie.Lhospitalier, plus encore que le templier, eft lidéal de la guerre sainte; cétaient lessoldats tout naturels de cet état politique que la papauté, depuis Grégoire VIII jusquàBoniface VIII, essaya détablir.