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Histoire des ordres de Chevalerie et des distinctions honoritiques en France
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DÉGRADATION, LA SELLE CHEVALIERE. 49

Plus les récompenses quon prodiguait aux chevaliers qui se dillinguaientpar leur mérite, leur courage & leur valeur étaient grandes, plus étaientterribles les pleines quon implosait à ceux qui manquaient au serment delordre. Lorsquun chevalier se rendait coupable de félonie ou de quelqueautre crime, il était dégradé avec les cérémonies les pilus flétrissantes. Onlexposait sur un échafaud; ses armes étaient brisées, son écu suspendu à laqueue dun cheval & traîné dans la boue, & les noms de foi-mentie,dinfâme et de lâche lui étaient prodigues. Pour effacer le caractère sacré deson titre de chevalier, on récitait sur son corpis, recouvert de drapis funèbres,les prières des morts, & lon versait sur sa tête de leau bouillante. Aprèsces humiliations, il était livré à la juflice, qui le condamnait à la pleine quelui avait méritée sa félonie.

Des fautes légères entraînaient des pleines moins grandes. Quand un che-valier avait tué sans motif un prisonnier de guerre, on lui coupait la pointede son écu; sil était coupable dadultère, lon ajoutait deux goussets (i) desable de chaque côté de lécu; sil sétait déshonoré de quelque manière quece fût, il était indigne de la société des autres chevaliers & ignominieuse-ment exclu de leur table & de toutes les fêtes possibles ( 2 ).

Dans le onzième, le douzième & le treizième siècle, il exiftait une pleineavilissante & très en usage, la Selle chevalière : un seigneur sétait-il renducoupable, envers quelquun de ses égaux, dun délit grave, il commençaitpar guerroyer; mais si, dans la lutte, il se voyait près de succomber & horsdétat de pouvoir échapper à la vengeance de celui qu'il avait offensé, alorsil songeait à faire sa soumission & recourait à la selle chevalière. Voici enquoi consiftait cette flétrissure : le suppliant se faisait attacher sur le cou& sur le dos une selle de cheval ; puis, ainsi sellé, il allait en chemise, latête découverte, les piieds nus, une poignée de verges à la main, se pré-senter devant son ennemi ;, à genoux & profterné, il lui criait merci enlui demandant « quil le chevauchât, » & attendait ainsi sa grâce, grâce queloffensé naccordait, le plus souvent, quaprès avoir mis le pied sur le coudu patient (3).

( 1 ) On nomme ainsi dans le blason une pièce irrégulière qui ressemble à ungousset darmure (pièce qui garantissait le dessous du bras), & qui prend en hautdes deux angles de lécu pour se terminer en pal à la pointe.

( 2 ) Voir Du Cange, Sur la Dégradation des chevaliers.

(3) Peignot, La Selle chevalière. Paris, 1 836 ; in-8 1.

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