42
HISTOIRE DES ORDRES DE CHEVALERIE.
pennon carré orné de ses armes & devises, auquel on donnait le nomde bannière. Ce titre de banneret ne se donnait qu'à la haute noblesse &aux gentilshommes de grand nom.
Le bachelier ou b as-chevalier, n’ayant pas une fortune suffisante pourlever des compagnies d’hommes d’armes à ses frais, s’enrôlait sous l’éten-dard des bannerets. 11 avait pour signe diflincfif une enseigne prolongée endeux cornettes ou banderoles (i). Il recevait, comme les autres chevaliers,la moitié de la paye des bannerets & le double de celle des écuyers. Nouspensons qu’ils sont les mêmes que les chevaliers appelés d ''un écn, peut-êtreparce qu’ils n’avaient pour défense que leur propre écu & non comme lesbannerets les écus de plusieurs autres chevaliers.
Le rôle que jouent les femmes dans la Chevalerie serait le sujet d’uneétude curieuse à plus d’un titre ; on pourrait en chercher l’origine pre-mière dans les légendes chrétiennes, & dans le baptême de Clovis. « Ilsemble, dit Sainte-Palaye, dans ces siècles ignorants &. grossiers présenteraux hommes la religion sous une forme assez matérielle pour la mettre àleur portée & en même temps leur donner une idée de l’amour assez méta-physique, pour prévenir les désordres & les excès dont était capable unenation qui conservait partout le caractère impétueux qu’elle montrait à laguerre ( 2 ). » Les dames avaient à l’appui des chevaliers des droits qu’onregardait comme sacrés. Incapables de se défendre par elles-mêmes, ellesauraient vu, au sein de l’anarchie féodale, leurs biens devenir bientôt laproie d’un injuffe ravisseur; non-seulement les chevaliers devaient veillerà leur défense, mais encore il n’était point assez d’égards &. de prévenancesqu’ils ne dussent avoir pour leur sexe. Il leur était expressément défendude médire d’elles, & c’était pour eux un impérieux devoir que de vengerleur honneur outragé, si quelqu’un se permettait de porter atteinte à leurréputation.
C’eft ainsi que toujours en haleine tantôt par la piété, tantôt par lagalanterie, quelquefois même par le seul désir de se signaler, les chevaliersrendirent à l’humanité les services les plus réels & les plus salutaires.
Le collume du chevalier atteftait sa dignité par un extérieur magnifique
(1) Voir sur les Chevaliers bannerets la neuvième dissertation de Du Cange, à lasuite de son édition des Chroniques du sire de Joinville.
(2) De la Curne de Sainte-Palaye, t. I, p. 7. — Voir aussi la préface admirablede Charles Nodier à la seconde édition de cet ouvrage.