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HISTOIRE DES ORDRES DE CHEVALERIE.
aux travaux de la guerre, le page quittait à l’âge de douze ans le toit pater-nel, & s’attachait à la maison de quelque illuftre chevalier pour y recevoirles premières leçons du métier qu’il devait embrasser. « Le chevalier doitavoir écuyer & paige. » Sa principale fonélion consiilait alors à accompa-gner son maître à la chasse, à le servir à table,_ à garder ses chevaux & àporter ses messages. Il devait aussi fournir « la salle du seigneur de pailleen hiver & de jonc en été, tenir en bon état le haubert dudit seigneur & lesbardes de son cheval, & enfin préparer le bain des chevaliers errants. »Mais il était plus spécialement encore le serviteur de la dame qui se char-geait de son éducation; trop jeune encore pour suivre son maître dans lesexpéditions lointaines, il reliait dans le manoir auprès des dames, qui luienseignaient les lois de l’honneur, de la politesse & de la galanterie.
Vers l’âge de quatorze ans, & au moment où les jeunes gens allaientpasser de l’état de page à celui d’écuyer, la religion avait introduit uneespèce de cérémonie dont le but était de leur apprendre l’usage qu’ilsdevaient faire de l’épée qui, pour la première fois, allait leur être remise.« Le jeune gentilhomme nouvellement sorti hors de page était présenté àl’autel par son père & sa mère, qui, chacun un cierge à la main, allaient àl'offrande. Le prêtre célébrant prenait dessus l’autel une épée & une cein-ture sur laquelle il faisait plusieurs bénédictions & l’attachait au côté dujeune chevalier, qui alors commençait à la porter (i). »
Ce ne fut qu’à la fin du treizième siècle que le mot écuyer devintfréquent dans les chartes en langue vulgaire. Avant cette époque, onemployait souvent pour désigner l’écuyer les mots armiger , vavassor ,valîitus. Ce titre, au seizième siècle, avait pris une immense importance, &on le comprend lorsqu’on sait que l’écuyer était chargé de porter l’écu duchevalier, c’eft-à-dire la pièce de l’armure à laquelle on attachait le plus deconsidération, & qu’il avait pour mission spéciale, dans les combats où ilservait de second au chevalier, de lui conserver cet écu portant sa devise& ses symboles. De là aussi le nom de scutori , qu’on leur donnait dansle principe. On voit dans d’anciennes chartes latines que le grand écuyerde France se nommait scutifer , parce qu’il portait l’écu du roi.
(i) C’eft peut-être à ces cérémonies, & non à celles de la Chevalerie, qu’on doitrapporter ce qui se lit dans nos hifloriens de la première & seconde race au sujet despremières armes que les rois & les princes remettaient avec solennité aux jeunesprinces leurs enfants (Sainte-Palaye, Mémoires sur l’ancienne Chevalerie , t. I, p. 12).