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Histoire des ordres de Chevalerie et des distinctions honoritiques en France
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HISTOIRE DES ORDRES DE CHEVALERIE.

en honorer & récompenser la vertu comme sont les couronnes de laurier,de chcsne, de meurte, la forme de certain vertement, le privilège daller encoche par la ville, ou de nuiêf avecques flambeau, quelquassiète particulièreaux assemblées publicques, la prérogative daulcuns surnoms & tiltres,certaines marques aux armoiries & choses semblables, de quoy lusage aeflé diversement receu, selon lopinion des nations, & dure encores. Nousavons, pour noltre part, & plusieurs de nos voisins, les Ordres de Cheva-lerie, qui ne sont eftablis quà cette fin. C'eft, à la vérité, une bonne & prou-fitable couftume de trouver moyen de recognoirtre la valeur des hommesrares & excellents, & de les contenter & satisfaire par des payementsqui ne chargent aulcunement le publicque, & qui ne couftent rien auprince.

« ... Car, à la vérité, les aultres dons nont pas leur usage si digne,dautant quon les employé à toute sorte doccasions. Par des richesses, onsatisfait les services dun valet, la diligence dun courrier, le dancer, levoltiger, Nies plus vils offices quon receoive; voire & le vice sen paye, laflatterie, le maquerelage, la trahison. Ce neft pas merveille si la vertu receoit& désire moins volontiers cette sorte de monnoye commune, que celle quiluy eft propre & particulière, toute noble & généreuse. Augufte avoit raisondeftre beaucoup plus mesnagier & espargnant de cette-cy que de laultre;dautant que lhonneur eft un privilège qui tire sa principale essence de larareté (i). »

Les vertus, les talents, toutes les qualités ou brillantes ou utiles, doiventêtre au profit du pays qui les suscite & qui les produit, mais il leur doit enéchange des récompenses, des diftinéffons, des honneurs, comme signede lhonneur. Chaque époque hiftorique a sa forme & pour ainsi dire sesvertus favorites; les gouvernements accueillent & encouragent surtout cellesdont on croit avoir le plus besoin : dabord les sentiments religieux, lacharité, le dévouement; ensuite la bravoure à la tête des armées ou sur leschamps de bataille; plus tard enfin les mérites civils & pacifiques, dans leslettres, les sciences, les arts, finduffrie, etc. Lecadre va toujours sélargissant;ces honneurs, qui dans lorigine nétaient que la propriété exclusive dun petitnombre appelés par leur naissance encore plus que par leur mérite, se ré-pandent sur tous le jour lon commence à comprendre quun pays ayant

(î) Essais de Montaigne, t. II, p. 7.