Druckschrift 
Théâtre complet de J. Racine
Entstehung
Seite
550
Einzelbild herunterladen
 

550

PHÈDRE.

« Quil lui rende .. » A ce mot ce héros expiréNa laissé dans mes bras quun corps défiguré :

Triste objet des dieux triomphe la colère,

Et que méconnaîtrait lœil mémo de son père.

THÉSÉE.

O mon fds ! cher espoir que je me suis ravi !

Inexorables dieux, qui mavez trop servi!

A quels mortels regrets ma vie est réservée !

THÉRAMÈNE.

La timide Aricie est alors arrivée.

Elle venait, seigneur, fuyant votre courroux,

A la face des dieux laccepter pour époux.

Elle approche ; elle voit lherbe rouge et fumante ;

Elle voit (quel objet pour les yeux dune amante!)Hippolyte étendu, sans forme et sans couleur.

Elle x'eut quelque temps douter de son malheur ;

Et, ne connaissant plus ce héros quelle adore,

Elle voit Hippolyte, et le demande encore.

Mais, trop sûre û la fin quil est devant ses yeux,

Par un triste regard elle accuse les dieux;

Et froide, gémissante, et presque inanimée,

Aux pieds de son amant elle tombe pâmée.

Ismène est auprès delle ; Ismène tout en pleursLa rappelle à la vie, ou plutôt aux douleurs.

Et moi, je suis venu, détestant la lumière,

Vous dire dun héros la volonté dernière,

Et macquitter, seigneur, du malheureux emploiDont son cœur expirant sest reposé sur moi.

Mais japerçois venir sa mortelle ennemie.

SCÈNE VII.

THÉSÉE, PHÈDRE, THÉRAMÈNE, PANOPE, garde

TUÉSÉE.

Eli bien! vous triomphez, et mon fils est sans vie.

Ah ! que jai lieu de craindre ! et quun cruel soupçon,Lexcusant dans mon cœur, malarme avec raison !

Mais, madame, il est mort; prenez votre victime;

Jouissez de sa perte, injuste ou légitime :

Je consens que mes yeux soient toujours abusés.

Je le crois criminel, puisque vous laccusez.