ACTE IV, SCÈNE VI.
Hippolyte est sensible, et ne sent rien pour moi !Aricie a son cœur ! Aride a sa foi !
Ali dieux ! Lorsqu’à mes vœux l’ingrat inexorableS’armait d’un œil si fier, d’un front si redoutable,Je pensais qu’à l’amour son cœur toujours ferméFût contre tout mon sexe également armé :
Une autre cependant a fléchi son audace ;
Devant ses yeux cruels une autre a trouvé grâce.Peut-être a-t-il un cœur facile à s’attendrir :
Je suis le seul objet qu’il ne saurait souffrir.
Et je me chargerais du soin de le défendre !
SCÈNE VI.
PHÈDRE, ŒNONE.
PHÈDRE.
Chère Œnone, sais-tu ce que je viens d’apprendre?
OENONE.
Non; mais je viens tremblante, à ne vous point mentir :J’ai pâli du dessein qui vous a fait soi tir;
J’ai craint une fureur à vous-même fatale. -
PIIÈDRE.
Œnone, qui l’eût cru ! j’avais une rivale !
Comment?
OENONE.
PHÈDRE.
Hippolyte aime ; et je n’en puis douter.Ce farouche ennemi qu’on ne pouvait dompter,Qu’offensait le respect, qu’importunait la plainte,Ce tigre, que jamais je n’abordai sans crainte,Soumis, apprivoisé, reconnaît un vainqueur :
Aricie a trouvé le chemin de son cœur.
Aricie?
OENONE.
PHÈDRE.
Ah douleur non encore éprouvée!
A quel nouveau tourment je me suis réservée!
Tout ce que j’ai souffert, mes craintes, mes transports,La fureur de mes feux, l’horreur de mes remords,
Et d’un refus cruel l’insupportable injure,
N’était qu’un faible essai du tourment que j’endure.