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Théâtre complet de J. Racine
Entstehung
Seite
539
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ACTE IV, SCÈNE VI.

Hippolyte est sensible, et ne sent rien pour moi !Aricie a son cœur ! Aride a sa foi !

Ali dieux ! Lorsquà mes vœux lingrat inexorableSarmait dun œil si fier, dun front si redoutable,Je pensais quà lamour son cœur toujours ferméFût contre tout mon sexe également armé :

Une autre cependant a fléchi son audace ;

Devant ses yeux cruels une autre a trouvé grâce.Peut-être a-t-il un cœur facile à sattendrir :

Je suis le seul objet quil ne saurait souffrir.

Et je me chargerais du soin de le défendre !

SCÈNE VI.

PHÈDRE, ŒNONE.

PHÈDRE.

Chère Œnone, sais-tu ce que je viens dapprendre?

OENONE.

Non; mais je viens tremblante, à ne vous point mentir :Jai pâli du dessein qui vous a fait soi tir;

Jai craint une fureur à vous-même fatale. -

PIIÈDRE.

Œnone, qui leût cru ! javais une rivale !

Comment?

OENONE.

PHÈDRE.

Hippolyte aime ; et je nen puis douter.Ce farouche ennemi quon ne pouvait dompter,Quoffensait le respect, quimportunait la plainte,Ce tigre, que jamais je nabordai sans crainte,Soumis, apprivoisé, reconnaît un vainqueur :

Aricie a trouvé le chemin de son cœur.

Aricie?

OENONE.

PHÈDRE.

Ah douleur non encore éprouvée!

A quel nouveau tourment je me suis réservée!

Tout ce que jai souffert, mes craintes, mes transports,La fureur de mes feux, lhorreur de mes remords,

Et dun refus cruel linsupportable injure,

Nétait quun faible essai du tourment que jendure.