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Théâtre complet de J. Racine
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PHÈDRE.

Ils saiment 1 Par quel charme ont-ils trompé mus yeux ?Comment se sont-ils vus ? depuis quand P dans quels lieuxTu le savais : pourquoi me laissais-tu séduire ?

De leur furtive ardeur ne pouvais-tu minstruire ?

Les a-t-on vus souvent se parler, se chercher ?

Dans le fond des forêts allaient-ils se cacher ?

Hélas ! ils se voyaient avec pleine licence ;

Le ciel de leurs soupirs approuvait linnocence ;

Ils suivaient sans remords leur penchant amoureux ;'fous les jours se levaient clairs et sereins pour eux :

Et moi, triste rebut de la nature entière,

Je me cachais au jour, je fuyais la lumièreLa mort est le seul dieu que josais implorer.

Jattendais le moment jallais expirer :

Me nourrissant de fiel, de larmes abreuvée,

Encor, dans mon malheur de trop près observée,

Je nosais dans mes pleurs me noyer à loisir,

Je goûtais en tremblant ce funeste plaisir ;

Et, sous un front serein déguisant mes alarmes,

11 fallait bien souvent me priver de mes larmes.

OENONE.

Quel fruit recevront-ils de leurs vaines amours ?

Ils ne se verront plus.

PHÈDRE.

Ils saimeront toujours !

Au moment que je parle, ah mortelle pensée !

Ils bravent la fureur dune amante insensée :

Malgré ce même exil qui va les écarter,

Ils font mille serments de ne se point quitter.

Non, je ne puis souffrir un bonheur qui moutrage,Œnone; prends pitié de ma jalouse rage.

Il faut perdre Aride ; il faut de mon épouxContre un sang odieux réveiller le courroux :

Quil ne se borne pas à des peines légères ;

Le crime de la sœur passe celui des frères.

Dans mes jaloux transports je le veux implorer.

Que fais-je? ma raison se va-t-elle égarer ?

Moi jalouse ! et Thésée est celui que jimplore.

Mon époux est vivant ; et moi je brûle encore !

Pour qui? quel est le cœur prétendent mes vœuxChaque mot sur mon front fait dresser mes cheveux.