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Théâtre complet de J. Racine
Entstehung
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534
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PHÈDRE.

5.14

Et ne devrait-on pas à des signes certainsReconnaître le coeur des perfides humains !

I 1 IPPOLÏTE.

Puis-je vous demander quel funeste nuage,Seigneur, a pu troubler votre auguste visage?N’osez-vous confier ce secret à ma foi?

THÉSÉE.

Perfide ! oses-tu bien te montrer devant moi ?Monstre , qu’a trop longtemps épargné le tonnerre,Reste impur des brigands dont j’ai purgé la terre!Après que le transport d’un amour plein d’borreurJusqu’au lit de ton père a porté ta fureur,

Tu m’oses présenter une tête ennemie !

Tu parais dans des lieux pleins de ton infamie !

Et ne vas pas chercher, sous un ciel inconnu,

Des pays où mon nom ne soit point parvenu !

Fuis, traître. Ne viens point braver ici ma haine,

Et tenter un courroux que je retiens à peine :

C’est bien assez pour moi de l’opprobre éternelD’avoir pu mettre au jour un fils si criminel,

Sans que ta mort encor, honteuse à ma mémoire,

De mes nobles travaux vienne souiller la gloire.

Fuis : et, si tu 11e veux qu’un châtiment soudainT’ajoute aux scélérats qu’a punis cette main,

Prends garde que jamais l’astre qui nous éclaireNe te voie en ces lieux mettre un pied téméraire.

Fuis, dis-je ; et, sans retour précipitant tes pas,

De ton horrible aspect purge tous mes Étals.

Et toi, Neptune, et toi, si jadis mon courageD’infâmes assassins nettoya ton rivage,

Souviens-toi que, pour prix de mes efforts heureux,Tu promis d’exaucer le premier de mes vœux.

Dans les longues rigueurs d’une prison cruelleJe n’ai point imploré ta puissance immortelle ;

Avare du secours que j’attends de tes soins,

Mes vœux t’ont réservé pour de plus grands besoins :Je t’implore aujourd’hui. Venge un malheureux père :J’abandonne ce traître à toute ta colère ;

Etouffe dans son sang ses désirs effrontés.

Thésée à tes fureurs connaîtra tes bontés.