PHÈDRE.
5.14
Et ne devrait-on pas à des signes certainsReconnaître le coeur des perfides humains !
I 1 IPPOLÏTE.
Puis-je vous demander quel funeste nuage,Seigneur, a pu troubler votre auguste visage?N’osez-vous confier ce secret à ma foi?
THÉSÉE.
Perfide ! oses-tu bien te montrer devant moi ?Monstre , qu’a trop longtemps épargné le tonnerre,Reste impur des brigands dont j’ai purgé la terre!Après que le transport d’un amour plein d’borreurJusqu’au lit de ton père a porté ta fureur,
Tu m’oses présenter une tête ennemie !
Tu parais dans des lieux pleins de ton infamie !
Et ne vas pas chercher, sous un ciel inconnu,
Des pays où mon nom ne soit point parvenu !
Fuis, traître. Ne viens point braver ici ma haine,
Et tenter un courroux que je retiens à peine :
C’est bien assez pour moi de l’opprobre éternelD’avoir pu mettre au jour un fils si criminel,
Sans que ta mort encor, honteuse à ma mémoire,
De mes nobles travaux vienne souiller la gloire.
Fuis : et, si tu 11e veux qu’un châtiment soudainT’ajoute aux scélérats qu’a punis cette main,
Prends garde que jamais l’astre qui nous éclaireNe te voie en ces lieux mettre un pied téméraire.
Fuis, dis-je ; et, sans retour précipitant tes pas,
De ton horrible aspect purge tous mes Étals.
Et toi, Neptune, et toi, si jadis mon courageD’infâmes assassins nettoya ton rivage,
Souviens-toi que, pour prix de mes efforts heureux,Tu promis d’exaucer le premier de mes vœux.
Dans les longues rigueurs d’une prison cruelleJe n’ai point imploré ta puissance immortelle ;
Avare du secours que j’attends de tes soins,
Mes vœux t’ont réservé pour de plus grands besoins :Je t’implore aujourd’hui. Venge un malheureux père :J’abandonne ce traître à toute ta colère ;
Etouffe dans son sang ses désirs effrontés.
Thésée à tes fureurs connaîtra tes bontés.