ACTE III, SCENE V.
Le libre voyageur ne craignait plus d’outrages ;Hercule, respirant sur le bruit de vos coups,
Déjà de son travail se reposait sur vous :
Et moi, fils inconnu d’un si glorieux père,
Je suis môme encor loin des traces de ma mère!Souffrez que mon courage ose enfin s’occuper :Souffrez, si quelque monstre a pu vous échapper,Que j’apporte à vos pieds sa dépouille honorable,
Ou que d’un beau trépas la mémoire durable,Éternisant des jours si noblement finis,
Prouve à tout l’avenir que j’étais votre fils.
TnÉSÉE.
Que vois-je? quelle horreur dans ces lieux répandueFait fuir devant mes yeux ma famille éperdue ?
Si je reviens si craint et si peu désiré,
O ciel, de ma prison pourquoi m’as-tu tiré ?
Je n’avais qu’un ami : son imprudente flammeDu tyran del’Épire allait ravir la femme;
Je servais à regret ses desseins amoureux ;
Mais le sort irrité nous aveuglait tous deux.
Le tyran m’a surpris sans défense et sans armes.
J’ai vu Pirithoüs, triste objet de mes larmes,
Livré par ce barbare à des monstres cruelsQu’il nourrissait du sang des malheureux mortels.Moi-môme il m’enferma dans des cavernes sombres,Lieux profonds, et voisins de l’empire des ombres.Les dieux, après six mois, enfin m’ont regardé :
J’ai su tromper les yeux par qui j’étais gardé.
D’un perfide ennemi j’ai purgé la nature :
A ses monstres lui-même a servi de pâture.
Et lorsqu’avec transport je pense m’approcherDe tout ce que les dieux m’ont laissé de plus cher ;Que dis-je? quand mou âme, à soi-même rendue,Vient se rassasier d’une si chère vue,
Je n’ai pour tout accueil que des frémissements;Tout fuit, tout se refuse à mes embrassements :
Et moi-môme, éprouvant la terreur que j’inspire,Je voudrais être encor dans les prisons d’Épire.Parlez. Phèdre se plaint que je suis outragé.
Qui m’a trahi ? Pourquoi ne suis-je pas vengé ?
La Grèce, à qui mon bras fut tant de fois utile,