ACTE !, SCÈ.NE III.
pnÈDRE.
Insensée, oii suis-je? et qu’ai-je dit?Oü laissé-je égarer mes vœux et mon esprit?
Je l’ai perdu : les dieux m’en ont ravi l’usage.Qînone, la rougeur me couvre Je visage :
Je te laisse trop voir mes honteuses douleurs;
Et mes yeux malgré moi se remplissent de pleurs.
OENONE.
Ah ! s’il vous faut rougir, rougissez d’un silenceQui de vos maux encore aigrit la violence ;
Rebelle à tous nos soins, sourde à tous nos discours,Voulez-vous sans pitié laisser finir vos jours ?
Quelle fureur les borne au milieu de leur course?
Quel charme ou quel poison en a tari la source?
Les ombres par trois fois ont obscurci les cieuxDepuis que le sommeil n’est entré dans vos yeux ;
Et le jour a trois fois chassé la nuit obscureDepuis que votre corps languit sans nourriture.
A quel affreux dessein vous laissez-vous tenter?
De quel droit sur vous-même osez-vous attenter?Vous offensez les dieux auteurs de votre vie;
Vous trahissez l’époux à qui la foi vous lie;
Vous trahissez enfin vos enfants malheureux,
Que vous précipitez sous un joug rigoureux.
Songez qu’un même jour leur ravira leur mère,
Et rendra l’espérance au fils de l’étrangère,
A ce fier ennemi de vous, de votre sang,
Ce fils qu’une Amazone a porté dans son flanc,
Cet Hippolyte...
PHÈDRE.
Ah dieux !
OENONE.
Ce reproche vous touche?
PHÈDRE.
Malheureuse! quel nom est sorti de ta bouche!
OENONE.
Eh bien, votre colèrç éclate avec raison :
J’aime à vous voir frémir à ce funeste nom.
Vivez donc : que l’amour, le devoir vous excite.Vivez; ne souffrez pas que le fils d’une Scythe,Accablant vos enfants d’un empire odieux ,
Commande au plus beau sang de la Grèce et des dieux.