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Théâtre complet de J. Racine
Entstehung
Seite
507
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ACTE !, SCÈ.NE III.

pnÈDRE.

Insensée, oii suis-je? et quai-je dit? laissé-je égarer mes vœux et mon esprit?

Je lai perdu : les dieux men ont ravi lusage.Qînone, la rougeur me couvre Je visage :

Je te laisse trop voir mes honteuses douleurs;

Et mes yeux malgré moi se remplissent de pleurs.

OENONE.

Ah ! sil vous faut rougir, rougissez dun silenceQui de vos maux encore aigrit la violence ;

Rebelle à tous nos soins, sourde à tous nos discours,Voulez-vous sans pitié laisser finir vos jours ?

Quelle fureur les borne au milieu de leur course?

Quel charme ou quel poison en a tari la source?

Les ombres par trois fois ont obscurci les cieuxDepuis que le sommeil nest entré dans vos yeux ;

Et le jour a trois fois chassé la nuit obscureDepuis que votre corps languit sans nourriture.

A quel affreux dessein vous laissez-vous tenter?

De quel droit sur vous-même osez-vous attenter?Vous offensez les dieux auteurs de votre vie;

Vous trahissez lépoux à qui la foi vous lie;

Vous trahissez enfin vos enfants malheureux,

Que vous précipitez sous un joug rigoureux.

Songez quun même jour leur ravira leur mère,

Et rendra lespérance au fils de létrangère,

A ce fier ennemi de vous, de votre sang,

Ce fils quune Amazone a porté dans son flanc,

Cet Hippolyte...

PHÈDRE.

Ah dieux !

OENONE.

Ce reproche vous touche?

PHÈDRE.

Malheureuse! quel nom est sorti de ta bouche!

OENONE.

Eh bien, votre colèrç éclate avec raison :

Jaime à vous voir frémir à ce funeste nom.

Vivez donc : que lamour, le devoir vous excite.Vivez; ne souffrez pas que le fils dune Scythe,Accablant vos enfants dun empire odieux ,

Commande au plus beau sang de la Grèce et des dieux.