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Théâtre complet de J. Racine
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IPHIGÉNIE.

Un spectacle à mes yeux plus cruel que la mort.

Allez ; laissez aux Grecs achever leur ouvrage,

Et quittez pour jamais un malheureux rivage;

Du bûcher qui m’attend, trop voisin de ces lieux,

La flamme de trop près viendrait frapper vos yeux.Surtout, si vous m’aimez, par cet amour de mère,

Ne reprochez jamais mon trépas à mon père.

CLYTEMNESTRE.

Lui, par qui votre cœur à Calchas présenté...

IPHIGÉNIE.

Pour me rendre à vos pleurs que n’a-t-il point tenté?

CLYTEMNESTRE.

Par quelle trahison le cruel m’a déçue !

IPHIGÉNIE.

11 me cédait aux dieux dont il m’avait reçue.

Ma mort n’emporte pas tout le fruit de vos feux :

De l’amour qui vous joint vous avez d’autres nœuds ;Vos yeux me reverront dans Oreslemon frère.Puisse-t-il Être, hélas! moins funeste à sa mère !

D’un peuple impatient vous entendez la voix.Daignez m’ouvrir vos bras pour la dernière fois,Madame : et, rappelant votre vertu sublime...Eurybate, à l’autel conduisez la victime.

S£ÈNE IV.

CLYTEMNESTKE, ÆGINE gardes.

CLYTEMNESTRE.

Ali ! vous n’irez pas seule ; et je ne prétends pas. ..Mais on se jette en foule au-devant de mes pas.Perfides, contentez votre soif sanguinaire.

ÆGINE.

Où courez-vous, madame? Et que voulez-vous faire?

CLYTEMNESTRE.

Hélas ! je me consume en impuissants efforts,

Et lentie au trouble affreux dont à peine je sors.Mourrai-je tant de fois sans sortir de la vie !

ÆGINE.

Ah ! savez-vous le crime, et qui vous a trahie,Madame? Savez-vous quel serpent inhumain