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Théâtre complet de J. Racine
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493
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ACTE V, SCÈNE III.

SCÈNE ni.

493

CLYTEMNESTRE, IPHIGÉNIE, ÆG1NE, EURYIJA'IE,

GAIIDES.

CLYTEMNESTKE.

Oui, je la défendrai contre toute l’armée.

Lûches, vous trahissez votre reine opprimée !

EURYBiYTE.

Non, madame : il suffît que vous me commandiez ;

Vous nous verrez combattre, et mourir à vos pieds.

Mais de nos faibles mains que pouvez-vous attendre?

Contre tant d’ennemis qui vous pourra défendre ?

Ce n’est plus un vain peuple en désordre assemblé ;

C’est d’un zèle fatal tout le camp aveuglé.

Plus de pitié. Calchas seul règne, seul commande :

La piété sévère exige son offrande.

Le roi de son pouvoir se voit déposséder,

Et iui-môme au torrent nous contraint de céder.

Achille à qui tout cède, Achille à cet orageVoudrait lui-même en vain opposer son courage :

Que fera-t-il, madame ? et qui peut dissiperTous les Ilots d’ennemis prêts à l’envelopper?

CLYTEMNESTKE.

Qu’ils viennent donc sur moi prouver leur zèle impie,

Et m’arrachent ce peu qui me reste de vie !

La mort seule, la mort pourra rompre les nœudsDont mes bras nous vont joindre et lier toutes deux :

Mon corps sera plutôt séparé de mon ûme,

Que je souffre jamais... Ah ma tille 1

IPHIGÉNIE.

Ah madame !

Sous quel astre cruel avez-vous mis au jourLe malheureux objet d’une si tendre amour !

Mais que pouvez-vous faire en l’état où nous sommes?

Vous avez à combattre et les dieux et les hommes.

Contre un peuple en fureur vous exposerez-vous?

N’allez point dans un camp, rebelle à votre époux,

Seule à me retenir vainement obstinée,

Par des soldats peut-être indignement traînée,

Présenter, pour tout fruit d’un déplorable effort.