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Théâtre complet de J. Racine
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342
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34'J

BAJAZËT.

Les chefs de notre loi conspirent avec nous;i Le vizir Acomat vous répond de Byzance

Et moi, vous le savez, je tiens sous ma puissanceCette foule de chefs, desclaves, de muets,

1 Peuple que dans ses murs renferme ce palais,

Et dont à ma faveur les âmes asservies

Mont vendu dès longtemps leur silence et leurs vies.

. Commencez maintenant : eest à vous de courir

Dans le champ glorieux que jai su vous ouvrir.

Vous nentreprenez point une injuste carrière,

Vous repoussez, seigneur, une main meurtrière :Lexemple en est commun; et, parmi les sultans,

Ce chemin à lempire a conduit de tout temps.

Mais, pour mieux commencer, hâtons-nous lun et lautreDassurer à la fois mon bonheur et le vôtre.

Montrez à lunivers, en mattachant à vous,

Que, quand je vous servais, je servais mon époux ;

Et, par le nœud sacré dun heureux hyménée,

Justifiez la foi que je vous ai donnée.

BAJAZET.

Ah! que proposez-vous, madame?

ROXANE.

lié quoi, seigneur!

Quel obstacle secret trouble notre bonheur?

BAJAZET.

Madame, ignorez-vous que lorgueil de lempire...

Que ne mépargnez-vous la douleur de le dire?

ROXANE.

Oui, je sais que, depuis quun de vos empereurs,

Bajazet, dun barbare éprouvant les fureurs,

Vit au char du vainqueur son épouse enchaînée,

Et par toute lAsie à sa suite traînée,

De lhonneur ottoman ses successeurs jaloux; Ont daigné rarement prendre le nom dépoux.

Mais lamour ne suit point ces lois imaginaires ;

Et, sans vous rapporter des exemples vulgaires,

Soliman (vous savez quentre tous vos aïeux,

Dont lunivers a craint le bras victorieux,

Nul néleva si haut la grandeur ottomane),

Ce Soliman jeta les yeux sur Roxelane-Malgré tout sou orgueil, ce monarque si fier