Druckschrift 
Théâtre complet de J. Racine
Entstehung
Seite
343
Einzelbild herunterladen
 

ACTE II, SCENE I.

343

A son trône, à son lit daigna lassocier ;

Sans quelle eût dautres droits au rang dimpératriceQuun peu dattraits peut-être, et beaucoup dartifice.

BAJAZLT.

11 est vrai. Mais aussi voyez ce que je puis,

Ce quétait Soliman, et le peu que je suis.

Soliman jouissait dune pleine puissance :

LÉgypte ramenée à son obéissance;

Rhodes, des Ottomans ce redoutable écueil,

De tous ses défenseurs devenu le cercueil;

Du Danube asservi les rives désolées ;

De lempire persan les bornes reculées ;

Dans leurs climats brûlants les Africains domptés,

Faisaient taire les lois devant ses volontés.

Que suis-je? Jattends tout du peuple et de larmée :

Mes malheurs font encor toute ma renommée.

Infortuné, proscrit, incertain de régner,

Dois-je irriter les cœurs, au lieu de les gagner?

Témoins de nos plaisirs, plaindront-ils nos misères?Croiront-ils mes périls et vos larmes sincères?

Songez, sans me flatter du sort de Soliman,

Au meurtre tout récent du malheureux Osman.

Dans leur rébellion les chefs des janissaires,

Cherchant à colorer leurs desseins sanguinaires,

Se crurent à sa perte assez autorisésParle fatal hymen que vous me proposez.

Que vous dirai-je enfin? Maître de leur suffrage,

Peut-être avec le temps joserai davantage :

Ne précipitons rien ; et daignez commencerA me mettre en état de vous récompenser.

IlOXAKC.

Je vous entends, seigneur. Je vois mon imprudence ;

Je vois que rien néchappe à votre prévoyance :

Vous avez pressenti jusquau moindre danger mon amour trop prompt vous allait engager.

Pour vous pour votre honneur, vous en craignez les suites ;Et je le crois, seigneur, puisque vous me le dites.

Mais avez-vous prévu, si vous ne mépousez,

Les périls plus certains vous vous exposez?

Songez-vous ([ue sans moi tout vous devient contraire?

Qu e cest à moi surtout quil importe de plaire ?