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Théâtre complet de J. Racine
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BAJAZET.

Mais, toujours inquiète avec tous ses appas,

Esclave, elle reçoit son maître dans scs liras;

Et, sans sortir du joug leur loi la condamne,

11 faut quun fils naissant la déclare sultane.

Amurat plus ardent, et seul jusquà ce jour,

A voulu que lon dût ce titre à son amour.

Jen reçus la puissance aussi bien que le titre;

Et des jours de son frère il me laissa larbitre.

Mais ce môme Amurat ne me promit jamaisQue lhymen dût un jour couronner ses bienfaits :

Et moi, qui naspirais quà cette seule gloire,

De ses autres bienfaits jai perdu la mémoire.

Toutefois que sert-il de me justifier?

Bajazet, il est vrai, ma tout fait oublier :

Malgré tous scs malheurs, plus heureux que son frère,Il ma plu, sans peut-être aspirer à me plaire ;

Femmes, gardes, vizir, pour lui jai tout séduit;

En un mot, vous voyez jusqu je lai conduit.

Grâces à mon amour, je me suis bien servieDu pouvoir quAmurat me donna sur sa vieBajazet touche presque au trône des sultans :

11 ne faut plus qu'un pas; mais cest je lattends.Malgré tout mon amour, si dans cette journéeIl ne mattache à lui par un juste hyménée;

Sil ose malléguer une odieuse loi ;

Quand je fais tout pour lui, sil ne fait tout pour moi;Dès le môme moment, sans songer si je laime,

Sans consulter enfin si je me perds moi-même,Jabandonne lingrat, et le laisse rentrerDans létat malheureux d je lai su tirer.

Voilà sur quoi je veux que Bajazet prononce :

Sa perte ou son salut dépend de sa réponse.

Je ne vous presse point de vouloir aujourdhuiMe prêter votre voix pour mexpliquer à lui :

Je veux que, devant moi, sa bouche et son visageMe découvrent son cœur, sans me laisser dombrage;Que lui-même, en secret amené dans ces lieux,

Sans êtrepréparé sepréseute à mes yeux.

Adieu. Vous saurez tout après cette entrevue.