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Théâtre complet de J. Racine
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339
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ACTE X, SCÈNE IV.

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SCÈNE IV.

ATALIDE, ZAÏRE.

ATALIDE.

Zaïre, cen est fait, Atalide est perdue.

ZAÏRE.

Vous?

ATALIDE.

Je prévois déjà tout ce quil faut prévoir.Mon unique espérance est dans mon désespoir.

ZAÏRE.

Mais, madame, pourquoi?

ATAUDE.

Si tu venais dentendre

Quel funeste dessein Roxane vient de prendre,Quelles conditions elle veut imposer !

Bajazet doit périr, dit-elle, ou lépouser.

Sil se rend, que deviens-je en ce malheur extrême?Et, sil ne se rend pas, que devient-il lui-même ?

ZAÏRE.

Je conçois ce malheur. Mais, à ne point mentir,Votre amour, dès longtemps, a le pressentir.

ATAUDE.

Ah Zaïre! lamour a-t-il tant de prudence?

Tout semblait avec nous être dintelligence :

Roxane, se livrant tout entière à ma foi,

Du cœur de Bajazet se reposait sur moi,Mabandonnait le soin de tout ce qui le touche,

Le voyait par mes yeux, lui parlait par ma bouche ;Et je croyais toucher au bienheureux moment jallais par ses mains couronner mon amant.

Le ciel sest déclaré contre mon artifice.

Et que fallait-il donc, Zaïre, que je fisse ?

A Terreur de Roxane ai-je mopposer,

Et perdre mon amant pour la désabuser ?

Avant que dans son cœur cette amour fût formée,Jaimais, et je pouvais massurer dêtre aimée.

Dès nos plus jeunes ans, tu ten souviens assez,Lamour serra les nœuds par le sang commencés.Élevée avec lui dans le sein de sa mère,